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H I S TOI RE
DE LA NOVVELLD
FRANCE
Contenant les navigations;découvertes,& habi~ tâtions faites parles François és Indes Occiden- tales & Nouvelle-France iouzl’avceu &aothoo rite de nozRoysTres -Chrétiens, &l'esdivcrfe$ fortunes diceux en l’execution de ceschofes^ depuis cent ans jufques a hui.
Mn qwy efl comf rifi V fififtoire Mor'àle>&Atnrelt& Geè* graphique de ladite province: yCvec les T abks ç^r Figures d’icelle*
far Marc Liscarbot A avocat en Parlement Témoin ocülaire d’vne partie des choies ici r ecicées.
Multarenafcentm quœ iam ceddere cddentqu>è,
Seconde £<&ioû, rcveuè>o?n£ée,& augmentée par
A PARIS
Chez Isa h Mulot, devant S. Bartheîemi aux trois» Coronnes : Et en fa boutique fur les degrez delà, grand* falle du Palais,
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M. D C. XI.
dVSG PRIVILEGE DP ROT*
JQmCAMOROWH
AV ROY
T RE S--C H RETIEN
DE FRANCE ET DE NAVARRE , LOVIS XIIL
\Jly a deux chefs prin- cipales qui coutumière- ment invitent les Rois à fai des conquétûsis z^ele du nom de Dieu, çf laccroïjjement de leur gloire grandeur. Il y a long temps qu en ce double fuiet no f Rois ‘vo'fpredecef fiursonteflé inuités à étendre leurs bornes former apeu de frais des Empires nouveaux a eux obeijfans.
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m.wmm.'
■par des voyes iujlesçef légitimés. Ils y ont fait quelques emploites en divers lieux fai fions. j\daù apres avoir découvert le pais, on s ejl contenté de cela. Le progrès en a efléfoible :çef fur ce nos ennemis, parie ne fçay quel malheur, ont triomphé de nous. Plu - fleurs hommes encore viuans peu- vent rendre témoignage des violen- oe s fmïur es & outrages, que les Por- tugais &Hefpagnols ont fait a vozj bons <jf) fi de le s fuiets au B refil en [an, ée mil cinq cens cinquante huit , & en la Floride dix ans apres. Et toutefois ces terres ejloient du iufie conquefi de nofi Rois Henry II. & Charles IX. nef ans avant la ve- nue des François en icelles, occupées d aucun "Prince Chrétien. Autour - d’hui, Si RE, Dieu vous a conflitué Roy Ivn des plu> grans,plus puifl-
if les, plus riches ,$ plus puijfans que iamais la France ait receu. Si volf ternes ans ne vous font encore aller à pié ferme contre ï infidèle , ou contre ïiniujle vfùrpateur de voz> terres: Du moins fçay-ie bien quil vous efi facile de faire conoitre ^ recevoir le nom de Dieu & le votre parmi les nations Occidentales d 'outre mer où la trompeté de l’Evangile ri a point encore eftéouïe,® nejl pas mal-aisé de recouvrer ce que les ennemis de F”. Ai. lui ont envié. Le feu Roy dheureufe mémoire votre Pere ayat dejfeinde rendre toute la terre cfré~ tienne, avoït latjfé d vofieunes ex- ercices & occupations l’établijfe - ment du Royaume François efilites provinces d’outre mer, ainfi que ie luy ay oui dire parlant au Sieur de Poutrincourt. JMaintenat qu’avec
>,y,y.T,T>T>TST7T>ing.^?jr>T,.T,T' » ^rrv^
les ans le iugementja conoijfance ', & le courage ‘vous croit , il ejl faifin , SIRE, d’executer ce beau proietf, if recouvrer ce qui ejl delaijj},atten - dant le temps que par-deça Dieu vous porte à ce qui fera dé jà gloire, if) dufalutde fin peuple, pour vous donner des victoires fans nombre alencontre de fis ennemis & des votre s. En quoy ie le fupplie vous bé- nir if fortifier de fin bras puijfant, afin que nous put fiions voir en noz» tours toutes nations jlechir fouz, votre obetjfance. Cejk le vœu que
fait à D ieu pour vous ,
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SIRE,
Dcvôrrc Majefté
Lctre£humble & tref-obciflant fcrvitçiir & fujet,
Marc Lescarbot l" Vtrutmiio
A
MONSEIGNEVR
MESSIRE PIERRE IEANNIN CHEVALIER, BARON DE Mont- jeu 8c Chagny, Confeillcr du Roy en fon Confeïl d’Eftac ,8c Con- troolleur general de Tes finances.
ONSEIGNEVR,
Comme l’âge de l’hom- me commence par l’i- gnorance , 5c peu à peu î’efprit fe formant.par vne ftudieufe re- cherche , pratique » & expérience , ac- quiertla conoiffance des chofes bclles8C relevées : Ainfi l’âge du monde en fon enfance cftoitrude, agrefte, 5c incivil, ayant peu de conoiflance des chofes ce* leftes 5c terreftres, 8c des fciences que les fiecles fuivans ont depuis trouvées*
5c communiquées à la pofteritè ; 8c y %' refte encore beaucoup de chofes à dé- couvrir, donc l’âge futur fe glorifiera» côme nous-nous glorifions des chofes trouvées fie nôtre temps.C’cft ainfi que
- —
tSeneç. De vit a ieat4.
le ficelé dernier a trouvé la Zone tor- ride habitable, & la curiofité des hom- mes a ofé chercher & franchir les anti- podes que plufieurs anciens n’avoient feeu comprendre. Tout- de même en noziours,ledefir de fçavoir a fait dé- f ouvrir des terres & orées maritimes qui onqups n’avoient eflé veuës des peuples de deçà. Témoin de ceci fois que toutes les Tables géographiques font faulfes en cet endroit : &c le pre-» mier menteur en tire plufieurs autres apres lui. Nemo tnim fibi tantum errât ; fect dlieni errons caufa & duthor eji , 'yerj'atque nos & précipitât tradttm per marnes error , dhemfque périmas exemples. Mais rien ne fert de rechercher 3c découvrir des païs nouveaux au péril de tant de viess fi on ne tire fruit de cela. Rien ne fert de qualifier vne Novvelle- jpR an c 5, pour eftre vn nom en l’air 3c en peinture feulement. Vous fçavés, Monfeigneur , que noz Rois ont fait plufieurs découvorces depuis cent ans ença, fans que la Religion Chrétienne en ait eftéavancée,ni qu’aucune vtilité leur en foit reüflie. La caufe en eft* que les vns fie font contentez d’avoir
yeu } les autres d’en ouïr parler. Or maintenant nous tommes en vn fiecle d’autre humeur. Car plufieurs pardeça s’occuperoicnc volontiers à 1 inno- cente culture de la terre, s’ils a voient dequoy s’employer, 8c d’autres expofe- roientvplontiers leurs vies pour la con- verfion des peuples de delà. Mais il y faut au préalable établir la Republique, d’autant que (comme difoitvn bon 8c ancien Euéque) Ecclefia ejl in Republica, non Républicain Ecclefia.il faut donc pre«^* eV1*' mierement fonder la République, fi Ion ajvir£ veut faire quelque avancement és ter- parmaSo res de delà la mer qui portent le nom de J7rance:8e y envoyer des colonies Fran- çoifes pour civiîifer tes peuples qui y font, 8c les rendre Chrétiens par leur doéfrine 8c exemple. Et puis que Dieu youSaconftitué, Monfeigneur, en lieu eminent fur le grand théâtre de la France,pour voir 3c contiderer ces cho- ies, 8c y apporter du fecoursi Vous qui aymez les belles entreprifes des voya- ges 8cnavigations,apres tant de fervices rendus à noz Rois, Faites encore valoir ce talent,8c obligez ces peuples errans, mais toute la Chrétienté, à prier Dieu
MONSEÎGNEVR
pour vous, & bénir vôtre Npm eterneî-* lement,voire à le graver en tous lieux dans les rochers, les arbres, ôc les cœurs des hommes : Ce qu’iiz feront fi vous daignes apporter ce- qui eft de vôtre crédit 8c pouvoir envers; le Roy , la Royne, & Nofleigneurs du Confeil, pour chafTer l’ignorance arriéré d’eux, leur ouvrir le chemin de falut 8c faire conoitre les choies belles, tant natu- relles que fur naturelles de la terre 8C des cieux. En quoy ie n epargneray ia- mais mon travail, s il vous plait en cela (comme en toute autre chofe) honorer de voz commandemens celuy qu’il vous a pieu aymer fans l’avoir C’eft,
Vôtre treMunftble fïciekferviteur
A LA FRANCE
El œil de l’Vnivers, Ancien- ne nourrice des lettres & des armes. Recours des affligez» Ferme appui de la Religion Chrétienne5Trcf chcreM cre» ce feroitvous fairetort de pu- blier ce mien travail ^ chofe qui vous époin- çonncra)fouz vôtre nom, sas parler à vous,& vous en déclarer le fu jet. Vos enfans ( trcfiho- norée M erejnoz peres&majeurs ont jadis par plufieursfiecleseftéles maitres de la mer lors qu’ilz portoient le nom de Gaullois, & voz François n eftoient point repütez légitimés fi dés la naiffance ilz ne Içavoient nager-» & comme naturelement marcher fur les eaux# Ils ont avec grande pmtfancc occupé toute F Afie.Ils y ont plate leur nom, qui y eft enco- re.Ilsenont fait de mémeés pais des Lusita- niens &Iberiens en l’Europe. Et aux fieclcs plus recens , pouffez d’un zelc religieux ÔC enflammé de pieté, ils ont encore porté leurs armes & le nom François en l’Orient & au Midi, fi bien qffen ces parties là qui ditFran- çois il dit Chrétien : & au rebours, qui dit Chrétien Occidental & Roitiain, il dit Fran- çois. Lepremier Cæfat Empereur & Di<$a- çeur vous dontie cette louange d’avoir civi*
lifc & rendu plus humaines 3c fociables les muons voz voiüneç, comme les Allemagncs, lefqueliesaujourd’huy font remplies de villes, dépeuples, & derichetfes. BreflesgransEvé* ques & Papes de Rome feftans mis fouz vo- tre aile en la perfecution, y ont trouvé dure- p os : & les Empereurs mêmes en Maires dif- ficiles n ont dédaigné de fe foubmettreau ju- gement de votre premier Parlement. Toutes ces i ho Tes font marques de votre grandeur. Mais (i es premiers fiecles vous avez corn-» mandé fur les eaux, fi vous avés impofé vo- tre,norn aux nations éloignées, 3c fi vous avésefté zelee pour la Religion Chrétienne, li vous avez rendu d’autres témoignages de votre pieté & juftice; il faut aujourd’hui re- prendre les vieux erremens en ce qui a efté laide , & dilater les bornes de vôtre pieté, juftice, & civilité, en enfeignant ces chofes aux nations de la Nouvelle-France , puis que loccafîon fe prefente de ce faire, & que vos enfans reprennent lecourage &ladevotio» de leurs pères. Que diray-ie ici? ( tref chere Mere J le crains vous offenferfi ie di pour laVerité que c’eft chofe honteufe aux Princes, Prélats, Seigneurs, 3c Peuple trePChréticns de fouffrir vivre en ignorance , 3c préque comme bétes, tant de créatures raifonnablcs formées a l image de Dieu Jefquelles chacun içait eftre és grandes terrcsOccidentalcs d ou- tre 1 Océan. L Hefpagnol feft montre plus zélé que nous, 3c nous a ravi la palme de la navigation <^ui nous çftoit propre# 11 y a fu
 1 A F A A N C B
du profit. Mais pourquoy lui enviera-once qu’il a bien acquis î 11 a efté cruel C’eft ce qui fouille fa gloire , laquelle autrement feroit digne d'immortalité. Depuis cinq ans le Sieur de^ Monts meudun beau defir & d’un grand courage, a elfayé de commencer vne habita- tion en la Nouvelle-France , & a continué jufques à prefent à fes dépens. Enquoy fai- fant lui & fes Lieutenans ont humainement traité les peuples de ladite province. Auflï aiment-ilsles François vniverfeUemmt, & ne défirent rien plus que de fe conformer à nous en civilité, bonnes mœurs, & religion. Quoy donc, n’aurons nous point de pitié d’eu - , qui fontnoz femblablcs? Les lairrons-nous tou- jours périr à nos yeux, c’eft a dire ,le fçaehans, fans y apporter aucun remedeï II faut, il faut feprendre l’ancien exercice de la marine, & faire vne alliance du Levant avec le Ponant, delà France Orientale avec l’Occidentale, & convertir tant de milliers d’hommes à Dieu avant que la confommation du monde vien- ne, laquelle s’avance fort , fi les conjectures de plu fleurs anciens Chrétiés font véritables, îefqueis ont eftimé que comme Dieu a fait ce grand Tout en fix journées, auffi qu’au bout de fix mille ans viendroit le temps de re- pos, auquel fera le diable enchaîné, & ne fe- duira plus les hommes. Ce qui le rapporte à l’opinion delamaifôn d’Elie, laquelle a tenu que le monde feroit
Dbvx mille ans rien*
Devx mille ans Loï Divx mille ans Messie
* C’eft % dire ni Loy y ni 'Mefka
A IA Franc I
& que pour nos iniquité:*, qui font grande*; feront diminuées defdites années autant qujl en fera diminué.
Il vous faut, di-ie (ô chereMere ) faire vnc alliance imitant lecours du Soleil, lequel côme il porte chaque jour fa lutniere d’ici en la Nouvelle-France ;Ainfi, que continuelle- ment votre civilité , vôtre juftice , vôtre pie- té, brefvôtrelumiere fe tranfporte là-méme par vos enfans , lefquels dorénavant par la frequente navigation qu’ilz feront en ces parties Occidentales feront appelles Enfans de la mer , qui font interprétés Enfans de efee II. f Occident, félon la phraze HebraïqUe, en la verf. io. prophétie d Ofée. Que s’ilz n’y trouvent les threfors dAtabalippa & dautres,qui ontaf- fdandélcsHefpagnols & iceux attirés aux In- des Occidentales, on n’y fera pourcànt pau- vre, ai ils cette province fêta digne d’eftre dite vôtre fille, la tranfmigration des hommes de courage, FAcademie des arts, 8c la retraite de ceux de vos enfans quinefecontenteront de leur fortune :defquels plufieurs vont éspaïs étranges, où defja ils ont enfeigné les mé- tiers qtii Vous eftoient anciennement parti- culiers. Mais au lieu de ce faire prenans U route delà Nouvelle-France, ilz nefe débau- cheront plus de l’obeilfance de leur Pnncc naturel, & feront des négociations grandes iur les eaux , lefquelles négociations fontiï propresaux parties duPonant,qu’és écrits des Prophetesie mot de négociation iè
tj.ver Jl
A 1 A F R A N.C t
pfgnt aaflî pour l’Occident: &l’OcciJcnt 8z &<**■$• la Mer font volontiers conjoints avec les dif- cours des richefiès, n.g/il
Plufieurs de lâche cœur qui s’epouvan- parai. 7. tentà la veiië des ondes, étonnent les hra- verf. i3. pics gens, difans(comme le Poète Horace) qu’il vaut mieux contempler de loinla fureur de Neptune,
Nepinmm procul i terra fpettare furentem, Horat. <§tqu’enlaNouveUe-Franceil n’y anul plaifir. r*> Il n’y a point les violons, les mafquarades, les ' • I* danfes,les palais, les villes , & les beaux bati- mens deFrance.Mais à telles gens i’ay parlé en plufieurs lieux de monhiftoire. Et leur diray d’abondant que ce n’eft à eux qu’appartient la gloire d’établir lé nom deDicu parmi des peu-' ples errans deftituez de fa conoilTance: ni de fonder dcsRepubliqucsChrétiennes &Fran- çoifes en vn monde nouveau : ni de faire au- cune chofe de vertu, qui puiffe férvir & don- ner courage àlapofterité. Tels faîneans me- furans chacun à leur aune , ne fçaehans faire valoir la terre, & n’aynns aucun zelede Dieu, trouvent toutes chofes grandes impoffibles:
& qui les en voudtoit croire jamais onriefe- roit rien.
Tacite parlant dc.l’ Allemagne difoit d’el- le tout de même, que ceux-là de là Nouvelle- France; Quiefi{ dit- il ) celui-là, <jui outre le dan- ger d’vnc mer effroyable Cr tnconue ,voudroit laijfer l'Italie, l’Afie , ou F Afrique , pour l’Allemagne mefi vn ciel rigoureux , vne terre informe Cr trifie fiiten fin afyeft,fiit enfin culture fi et ntft a ceint
^ « n Cè
fut y tfi tuty ? Cetui • là partait en Payen , 8c comme vn hommede qui 1’efpcrance eftoit en la jouïffance des chofes d’ici bas. Mais le Chrétien marche d’un autre pié, &r ha Ton but à cequiregarde l’honneur de Dieu, pour le- quel tout exil lui eft doux, tout travail lui tant dclices, tous périls ne lui iont que jouets. Pour n’y avoir des violons & autres récréa- tions en la Nouvelle- France, il n'y a encore Heu de fe plaindre : car il eft fort aifé d’y en mener.
Mais ceux qui ont accoutumé de voir de beaux châteaux, villes & palais, &: te con- tenter l’efprit de cette veuë, eftiment la vie peu agréable parmi des forets, Sc vn peuple nud ; Pour aufquels repondre ie diray pour certain, que s’il y avoit des villes ja fondées de grande antiquité il n’y auroit point vn poulce de terre au commandement des Fran- çois, & d’ailleurs les entrepreneurs de l’affaire n’v voudraient point aller pour bâtir fur l’e- difîce d’autrui.
Les timides mettent encore vne diffi- culté digne d’eux , qui eft la crainte des pvra- - Liv.6. d>. tes: Aquoy i’ay répodu au Traité de la Guerre:
& diray encre qu’à ceux qui rfinrchentiouz i’aile du Tout puilTant, &■ pour vn tel fujee que cetui ci, voici que dit nôtre Dieu : Nt crettn point , S vermine au de lacob , petit troupeau 2 fa s. 41. d'ifrael : 1 e taidiray , dit le Seigneur, (y ton defen- JiurcelHerainBd'lf’del.
Et comme les hommes fors & fcrupùleuz font des difficultez par tout : l’en ay quelque- fois
 la Frange.
fois V eu qui ont mis en doute fi ott pouvoÎÊ juftement occuper les terres de h Nouvelle- France,& en dépouiller les habitans d’icelles aufqueU ma repole a eilé en peu de mots, que ces peuples font femb tables à celui duquel rft parlé en rEvangileJeqtiel avoir ferré le talent Lm. ifé qui lui avoir efté donné, dans vn linge, au lieu verf.u, de le faire profiter, & partant lui futoté. Et corne ainfi foit que Dieu le Créateur ait do- ue la terre à 1 home pour la polîedeivl eft bien, certain que le premier tiitre de pofléffio doit appartenir aux enfans qui obeïfient à leur pe* re ôc lereconoificnt , & qui font corne les ai- nez de la maifon de Dieu, tels que fondes Chrétiens,aufquetsâppaniétlepanage de la terre, premier qu’aux enfans de-fobeiiîans,qui ont e(ié chaficz de la maifon, corne indignes de f héritage , & de ce qui en dépend.
le ne voudroy pourtât exterminer ces peiï^ pies ici, cômeafaitl*Hefpagnolceux des în- desOccidëtales prenant le pretexte des corn- mandemés faits jadis à lofué, Gedeon, Sauf9 & autres cômbattâs pour le peuple de Dieu.
Car nous fortunes en la loy de grâce, loy de douceur, de pitié, & de mifericorde, en la- J . quelle n tre Sauveur a dit ytpprenez^de moy ver^1 ^ * yueie(mdouxy£r' huile de cœur: Item, renés k g/ 2#, moy vom feus ejm eftes travaillés çr chargés >cr it vous joulageray : Et ne dit point le vous ex ter» mineray.Et puis, ces panures peuples Indiens eftoiétfans deféfeauprisdeccux qui les onc ruiné: & nont pas refifté commeces peuples defquels la faiute Ecriture fait mention»
A la France
Et d'ailleurs, que s'il falloir ruiner les peuples de conquête, ceferoit en vain que le même Sauveur auroic dit à Tes Apôtres ; ^Allez^ vow-en par tout le mondé ,cr frechez^l* Evangi- le k toute créature .
La terre donc appartenant de droit divin âux enfans de Dieu, il neft ici queftion de re- cevoir le droit des Gent$,& politique* par le- quel ne feroit loifiblcd’ufurper la terre d au- trui. Gcqueftant ainfi, ilia faut po(Teder,& y planter ferieufement le nom de Iefus- Chrift & le votre* puis qu’auiourd’hui plufieurs de vos enfans ont cette refolution immuable de 1 nabiter, & y conduire leurs propres famil- les. Les fujets y font aflez gnns pour y attrairc les hommes de courage & de vertu , qui font aiguillonnez de quelque belle & honorable ambition d’eftre des premiers coürans à Tim» mortalité par cette adion Tune des plus gra- des que les hommes fe piaillent propofer. Et comme les poilïbns de la mer lalée partent tous les ans par le détroit de Conftaotinoplc à la mer du Pont Euxinf qui eftla mer Major) pour y frayer , & faire leurs petits, d autant queÜilz trouvent Teàu plus douce* à-caufe de plufieurs fleuves qui Ce déchargent en icel- le i Ainfi ( rref-chere Mere ) ceux d’entre vos enfans qui voudront quitter cette met (allée pour aller ho re les douces eaux du Port Royal en la Nouvelle-France , trouve^ ront là bien-tot ( Dieu aidant) vnc retraite tant àgreable, qu’il leur prendra envie d’y al» 1er peupler la province & la remplir de genc* Wtion. M* L e s c a k s o
SOMMAIRES
Des Chapitres
pour fervir de Table des matières contenues en cette Hiftoire„
Livre Premier.
Auquel font décrits lesvoyageS& navigations
Faites de rauthorité&aux dépéris de nozRois
tref- Chrétiens F r a kcois 1. Henri IL (& Char les IX. cri la Terre-neuve delà Floride , & Virginie par les Capitaines Ieaa Verazzan Florentin, Laudonnicrè, & Gbttt» gués,
CHAPITRE t.
? R e F récit fur les découvertes des Indes Occi-’ . lentaks de UN o v v h l l e-F n A N c 1 1 f çrfommaire dénombrement des voyages y faits parles François. Intention de L' ^futheur. Quels font tes peuples delà Nouvelle France, page t
C h a p. II.
1 P» de G a y i 1 ef Réfutation des Jtutheurs
l i
Crées fhr ce fu]et. Noé premier Gaulois* les anciens GmUois pères des Vmbres en Italie . Conquêtes CF navigations des vieux Gaullois. Loix marines, iufli- ce , ervittoires des Marfeillois . Portugal . Navire de Paris. Navigations des anciens François. R^efrotdif fement en U navigation d'où efl venu. Lâcheté de notre fie de. ftjchejfes des Terres neuves . y
C H A P. III.
Con)e£hires fur le peuplement des Indes Occiden- tales, confcquemmentde la Nouvelle- France com- prife fous icelles .
Ch Ap. IV.
Limites de la Nouvelle- France : CF fommaire du voyage de Iean Fer avjean Capitaine Florentin ,en la Terre-neuve, aujourd'hui dite la Floride: Avecvne h r lève deferiptiondes peuples qui demeurent par les qua- rante degre^. * 30
Chap. V.
Voyage du Capitaine Jean Rjbaut en la Floride: tes decouvertes qu il y a faites la première demeure
des chrétiens cf François en cette contrée • 41
Chap. VL
Retour du Capitaine Iean Rjbaut en France: Confé- dérations des François ave des chefs des Indiens : Fiftes d’ic eux Indiens'. Necefné de vivre des François:Cour - toife des Indiens : Divifion des François : Mort du Ca- pitaine Albert. 30
Chap, VII.
Flettion d'vn Capitaine an lieu du Capitaine Al- bert. Difficulté de retourner en France faute de navire: Secours des Indiens la dejfus : Retour : Etrange CF crucle famine : ribord en Angleterre. jS
Ch AP. VII L
Voyage du Capitaine Landonniere en la Floride di- te Nouvelle’ France : Son arrivée a l'ile Sainïl Do- minique : puis en ladite province de la Flor ide: Grand âge des Floridiens : Honeteté d'iceux ; Batiment de la forterejfe des François . 61
Çh ap. IX.
Navigation dans la rivière de May : Kjcit des Ca- pitaines cr Para ou ft ri qui font dan s le s terre s: moût
de vengeance : Ceremonies étranges des Indiens goût réduire en mémoire la mort delenrs peres . 68
Cri a p. X.
Guerre entre les Indiens \* Ceremonies avant que d'y aller : Humanité envers le s femme s eyr petits en fans: Leurs triomphes : Landonniere demandant quelques prifonmers efi refufè : Etrange accident de tonnerre: Simplicité des Indiens • 7 j
Ch a a. XI*
Fjnvoy des prifonniers Indtesdleur CapitaineiGuer- re entre deux Capitaines Indiens : ViBoire a l'aide des François ; Confiration contre le Capitaine Laudonnie - re : Fjtourdu Capitaine Bourdct en France. 78 C H A P X I I.
lAutredlverfes confirations contre le Capitaine Landonniere : o* a qui en avint. 8 2
C H A Pi XII L
Ce qmft le Capitaine Landonniere c fiant déli- vré de fis feditieux : Deux H espagnols réduits h la vie des Sauvages: Les di feour s qn ils tindr entrant à* éux- mémes , que des peuples rndiens ; Habitant de Serropè ravijfinrs de files : Indiens difiimulateurs. 8^ C H A P. XIV.
Comme le fmr Landonniere fait provif on de
mires: Découverte d’un Lac aUutiffan- à la mer dus Su : Montagne de la .Mme : Avance des Sauvâtes; Guerre Witloired l’aide des François. %t
C h a p. XV. y>-
Grande neçcficé de vivres entre les Francis aecreuê \ufquesavne extreme famine : Guerre four avoir la vie : Prije d G utina : Combat des François contre les Sauvages; Façon de combattre diceux Sauvages, o<£ Ch a p. XVI.
Proviens de mil: Arrivée de quatre navires ^An-
gloifes : Réception du Capitaine y* general ACnglois; Humanité. ’ y* courtàftedicelui envers les Frâço/s.ioë . Ch ap. XVI I.
Préparation du Capttatne Faudonniere pour retour* mr en France : .Arrivée du Capitaine IeafiRjlaun Calomnies contre laudonniere : Navires H espagnoles mnernifs : Deliberation fur, leur, venue. uo
' ' ' ' ' Ch ap. XVI H.
Opiniâtreté du Capitaine F Haut: P ri fi du Fort des Franç ois: Fréteur en France:Mort dudit Rjbaut y- des [uns: Bref récit de quelques cruautés H efpagnoles. lm- ptjéible de réduire les hommes a meme opinion- sic
Ch a p. X IX.
Entreprife haute y genereufe du Capitaine Gour • gués pour relever l’honneur des François en la Floride: Renouvellement d' alliance avec les Sauvages: Fyije des deux plut petits Forts des H espagnols. uÿ
C H A P. X x.
( PP espagnol déguife en Sauvage : Grande refolution d vn Indien: Approches y pnfe du grand Fort: De - molitio n d t ceint ,ydes deux autres: Execution des Péefpagnols pr:ifonniers,Regrets des Sauvages au partir des François -Retour de Gourguesén France; Et ce qui ayïnt depuis» j
Livre Deuxième.
Contenant les voyages faits fouz leGapitain©
Yillegagno*} en la France Antar&ique du Brefil.
Chap. î.
» A Ttreprtfe du sieur deVillegagnon pour aller d&
1 Brefil: Difcoursde tontfon voyage \ufques afin ç arrivée en ce pais là : Fièvre pefhlente à-caufi des eaux puantes : Maladies des François , O* mort de quelques vns : Zone Torride tempérée : Multitude de Poiffons : île de l’ ^Ajccnfirn : Arrivée au Brefil s Fjviere de G anal ara : Fort des François* I 4^
Ch à p. IL
Renvoy de ïun des navires en France : E xpedition des Genevois pour envoyer au Brefil : Conjuration co^ tre Zillegagnon: Decouverte d'icelle: Punition de quel- ques vns : Dcfcription du lieu cr retraite des François % Pdrtcment de lefcouade Genevoife . ijé
Chàp. III.
Seconde navigation faite au Brefil aux dépens du Mjy : ^Accident d'vne vague de mer: Vifcou's des îles £* tnaries : Barbarie y pais fort bas : Poiffons volansy autres , pris en mer ; Tortues meru eillenfes. 16 g
Chap, IV.
Paffage de la Zone Torride : ou navigation difficiles & pourquoy:Etfur ce , Réfutation des raifons de quel- ques autheurs : Route des Heffagnolsm Pérou: De /V*- gine dufiot de la menant oriental perpétuel fou^ la ü*>
ï iiij
gne aqulnoSliale : Origine & caufes d'icelui, gr des vésd’abas <cr de midnPluies puantes fouz^la ZoneTor - ride: Effeffs dé icelles: Ligne a quinoél taie pourquoy ainfi dite:P@urquoj font icelle ne fe voit ne l'un ne l' antre Pôle . 1 6<) C H A P* V.
Découverte de la terre du Brefil : Margajas quels peuples: Façon de troquer avec les Ou- etacas peuple le plus barbare de tous les autres : Haute roche appelles r Emeraude de M iK-hé ; Cap de Frie: Arrivée des François a la mûre de Çanabara^ ou fut Filiegagno.
I76 C H A P, VJ.
Comme le Heur du Pont expo fa au fi ■ ur de Fillcgdgnon la r-auft de fa venue de fe s compagnon $: P^iponfedu-
dit (ieur de Cill< yignon : Et ce qui put fait au Fort de Colhgm apres l arrivée des François. l8i
Ch av. VIL
Ordre Pour le fait de la R eligion : Pourquoy cillega- gnon a difimulé fa Religion : Sauvages amene^gen F rance. Mariages célébrés en la F rance Antarfhque: Débats pour la geli^on\C vnjfv'dtions contre ^illega- gnon : Rigueur d'icelui . Les Genevois fe retirent d'a- vec lui: Qutfhon touchant U célébration de laC ene 4 faute de pâmer de vin, i3j
Ch A P. VIII.
Defrùptio de la vivier e on Fo^tdeG anabara: Enfem- ble de tilr ou efi le Fort de C clhgni. Fille -Hen deThtvct Haleine dans IcPort de G a 1 1 aba r a: Baleine échouée, 1 9 J C H A P. IX.
Que ladivifion eft mauvai/e principalement en Re- ligion : Retour des Genevois en France : Divers périls en leur voyage : Mer herbue. lOQ
Chat. X.
Famine extreme, çrles effet} s d'icelUiPmquoy en dit
Rjtgc de fdim: Découverte de U terre de Bretagne :%jce~ pfe pour r affermir le ventre: T roc encontre les Genevois envoyé en France ; Retour de yïdegdgnw* % o 8
Livre Troifiéme,
Auquel font décrits les voyages, navigations, gc decouvertes des François dans les Golfe & grande rivière de Canada.
Ç H AP. I.
pmmaire de deux voyagésfaits parle Caps', faine Jacques Quartier en la T erre- neuve: WM Golfe de fainft Laurent: <r de la grande ri- viere de Cznààz: Efclaircijfemcnt des noms de Terre- #»«w,Bacalos,Canada ,cp* Labrador: Erreur du
feur de Belle-forefi. x3 1
C H A P. H.
gélation du premier voyage fait far le Capitaine Jacques Quartier enla Terre neuve du Nort \ufqucsa 1‘ embouchure de la grande rivière de Canada. Et pre- mièrement T état defon équipage, avec les découvertes du mois de May. '4°
Ch ap. III.
Les nauigations £r découvertes du mois de J uin 24/ 6 Chap. IlîL
Les navigations cr découvertes du mois de 1 aille t. ipG
A Chap. V. les-naviga’-ions cr découvertes du tnois d'^Coufi, Cr ïs retour en France. *6 y
Chap. VI.
ÿue la conoifkm dis voyages du Capitaine Jacques
Quartier ef neceffaire principalement aux Terres-tnni Vins qui vont h la ptcherie: Quelle route il a prife en cettt fécondé navigation: Voyage du fleur Champlein \ufoun * l’entrte de U grande nviere de Canad E pitre pre- fentèe au Rjy par ledit Capitaine t acquêt Quartier for la relation de ftn deuxième voyage, , .
c h A P. vi r. *
Préparation du Capitaine I acquêt Quartier or det fient au voyage de la Terre-neuve : Embarquement: lie aux tufeaux : Decouvertes d’uelui \u fouet a u comence- ment de la grande rivière de Canada : par lut dite Ho- chckga; Largeur Of profondeur Qompamlle d'icelle: Son commencement inconn. 2gGl
Chap. VIII.
Retour du Capitaine I acquêt Quartier vert la Baye SaïnÜ Laurent: Hippopotames: Continuation du voya*
ge dans la grande nviere de Canada , )ufoues'a la ri- vière de Saguctiay , qui font cent lieues 287
Ch ap. IX.
Voyage de champlein depuis Anticofli yufo quêta Tadouflàc: Defcription de Gachepé , rivière de Mantann e fort deTa.doa(bic, baye det Morues, lie percee, Baye de C baie tir .-Remarques deslieux,ilcs,pcrts, bayes fables, rochers, rivières qui font a la bendedtt
Mort en allant a la riviere deSaquenay Defcription dit port deT adouffac, cr de ladite riuiere de Sagucnay. 29 t. Ch a p. X.
Bonne réception faite aux François par le grand S.agamos des Sauvages de Canada: Leurs fefhns CT danfes: La guerre quils ont avec les Iroquois : Def- cription de la pointe foinft Matthieu. xy$
Ch a p. XI.
Zartjoutjfance que font les sauvages aprtsquik
mt eu vifloirefuy leur ennemis : Leurs humeurs: S en? fttdfcteux : Leur croyance gr f unifies opinions. Que leurs devins parlent vifillemcnt a ux diables. %oi
Ghap. XII.
Comme le Capitaine Lacques Quartier part de U tivtere de Saguçnay pour chercher vnport, cr s'arrête k sainfte Croix : Poijfons inconm : Gronda Tortues : lie aux C oudres : lie d'p leans : Rapport de U terre du pais : Accueil des François par les Sauvages : Haran- gues des Capitaines Sauvages. 309
Çhav. XI ïT.
Rjtonrdu Capitaine I de ques Quartier a tile à' Or- léans, par ldi nomme’ /'j[le de Bacchus yCrctqusl jt trouva : B alites fichées au portfainBe Croix: Forme d alliance : Navire mis a fiée pour hiverner : Sauvages ; tye trouvent bon que le Capitaine aille en Hochelag&r Etonnement d 1 ceux au bourdonnement des Canons^iç C h ap, XI V.
Rufe inepte des s auvages pour détourner le Capita/ne Lacques Quartier du voyage en Hocheiaga ; Comme figurent lediable ; Départ de Champtein de Tadouiîàc pour aller k Sajn&c Croix : Nature gp rapport dupais : I le d9 Orléans ; K cbe c, Diamant au- rftf Kebec ; Rivière de Batifcan. 211
C h a p. XV*
Voyage du Capitaine Lacques Quartier a Hoche- iaga : Nature Cr fruits du pats: Réception des François par les Sauvages : abondance de vignes errai fins Grand lac: Rats mufquets. ^Arrivée en Hocheiaga, Merveilleufe rejouyjfance defdits Sauvages. tty Ch ap. X VL 4
Comme le Capitaine gp les Gentils-hommes de fid Gyntpagnie» avec [es mariniers bien armes gr en bon or.-
ire allèrent a la ville deUochch g^situatio du lieu: Fruits du pais:Batimcns:cr manière de vivre des Sau- vages. 33/
Chap. xvir.
Arrivée du Capitaine Quartier a Hochelaga: Recueil CT' careffes à luy faites : Malades lui font dp - portez^pottr les toucher: Mont- Rj>yal: Saut de lagravde rivière de Canada: Etat de ladite nviere outre ledit Saut : Mmes: Arm ures débets , dont vfent certains peMples:Regrets pour fa départie. 33 y
Chap. XV HT.
Retour de lacunes Quartier au Port de SainBeCroix apres avoir efték Hochelaga ; S anvages gardent les têtes de leurs ennemis : Les Toudamans cnnemisdes Canadiens* 344
Chap. XIX.
yoyaçreàu fieur Champlein depuis le port de Sam fie Croix] u/ques au saut de la grande nmtre , ou font re- marquées les rivières jle s }<£r autres chofes quil a décou » vertes audit voyage: gr particulièrement la nviere , cr lepeupleycr lepaïs ^«Irocjuois. 347
Chap. XX.
Arrivée an tautiS a description , & ce qui sy void de remarquable, ytvec le rapport des Sauvages touchât la fnyou plujlot tmgmcde la grande rivière . 3/4
Chap. XXI.
Retour du Saut a Tadoüffac, avec U confronta- tion durapport de plusieurs Sauvages, touchant la lon- gueur commencement de la grande nviere de Ca-
nada;Z?tf nombre des fonts lacs qu elle traverfe . 361
Chap. XXII.
Defcription de la grande riviere de C a n ada , £r an- tres qui s y déchargent: Des peuples qui habitent le long
iiceüe: V es fruits de la terre: Des létes O* oifeanx*®* particulièrement d’vnehe e a deux piez^: Des poijjbns abondant en ladite grande rivière . 36^
Ch ap. XXIII.
De la rivière du Saguenay : Des peuples qui habitée vers fan origine : Autre riviere venant dudit Sague- nay au-dejfws du Saut de la grande riviere : De la ri- vière 4^Iroquois venant devers la Floride , pais fans neges, ni glaces : singularités d'ieelm pais : soupçon fur les Sauvages deCsnada:Guet noBurne: Reddition d'vneflle échappée: Réconciliation des Sauvages avec le s François* 370
Chap. XXIV.
Mortalité entre le s S aunages: Maladie étrange O* tnconuè entre les François: Dévotions Cr vœux: Ou- verture £vn corps mort: Difimulation envers les San* vages } fur le faites maladies £r mortalité: G uerifon mer- veilleiife £ icelle maladie . 379
Chap. XXV.
Soupçon far la longue alfnce du Capitaine des Sdtlvages : Retour £i celui avec multitude de gens : Débilité des François : Navire delaijfé pour n'avoir la force dele remener : Récit des rtchejfes du Saguenay, Cr autres recherches merveilleufes. 381
Chap. XXVI
Croix plantée par les François : Capture des prin- c ipaux Sauvages, pour les amener en France 5 en faire récit au Roy des merveilles du Saguenay : Lamenta- tions des Sauvages : Prefens réciproques du Capitaine Quartier, £r £iceux Sauvages. 38tf
Chap, XXVÎI.
Retour du Capitaine ïaeques Quartier en France: tRencotrede certains Saunages qui avoiet des couteaux de cuivreiFrejens réciproques entre lefdits sauvages
ledit Capitaine : Vefcrtptionsdes lieux ou la route s9 ef kddrefét. in0
Ch AP. XX VI H.
Rencontre des Montaignais ( Sauvages de TàdouP- Ùc)cr Jroquois: Privilège de celui qui ejlllefea lâ guerre: Ceremonie s des sauvages devant q n aller à la guerre: Conte fabuleux de la monflrnofite des Arm ou- chiquois ; Ve U Mine relu faute au Soleil içr du Gougôu; &A rrivee au Havre de Grâce . 39^
G h AP. XXIX .
pifeours fur le chapitre precedent : Crédulité le- gere: Armouchiquois quels : Sauvages toujours en crainte: Canfes des terreurs Paniques : FauJJesvtfons , Cr imaginations : Gougou proprement que ceft * utheur £icelui : Mine de cuivre : Hanno Cartha-
fetis : C en fûtes fur certains utheur s qui ont écrit de
t Nouvelle- F rance.
Chap. XXX.
Êntreprifc du fieur de Reberval pour U terre de Canada, commfion du Capitaine Jacques Quar- tier. Fin de ladite entreprifa 41©
Ch AP. XXX I.
Plainte Jur notre inconflante cr tacheté. Nou- velle entreprise cr CommijS ion pour Canada. Envie des Marchans Maloins. Révocation de ladite Com- tnifim. 417
Chàp. XXXÏI.
Voyage du Marquis de la Roche aux Terres neu* ves. île de Sable Son retour en France Xvne in- croyable façon. Ses gens cinq ans en ladite île . Leuï retour, Commif ïon dudit Marquis. 410
Livre Quatrième.
Auquel font compris les voyages dès Sieurs de Monts, & de Pouttincourt.
Chat. I.
* Ntention del’ ut heur. Commiffi on au SÎcUjr $de Monts. Defenjis pur le trafjic des pelle- ‘(tries. 431
C H A p. I ï.
Voyage du peur de Monts en U HoUUetye- France: P es accident furvenui audit voyages: Caufesdes hunes déglacés en la Terre-neuve : Impofition de noms à ter t ai ns ports iPirplexiti pour le retardement de l’autre navire. A±y
Chap. ïil
Pelarquement du Port au Moutou : rident d’ut»
homme perdu fe^j jours dans leslois : Baye Françoijè; Port gjydhpjvwe de l‘E quille: Miné de cuivrer hiur des Usines £ o‘r:Diamans:t urquoife.
Chap. I II Deferiptionde la rivière fuincl ftinBe Croix: Homme perdu dans Les ftzjéme tour. Exemples de quelques ahflinences étrages: Pijfercns des Sauvages remis du sucement du peur de Monts : ^/Cuthorite paternele entre lefdits Sauvages : Quels mûrit s choipjfent a leurs plies. 4 ^
Chap. V.
Defcription de l’tle Sainfle Croix : Entreprife du
$tnrkMo»tsdijpcsU,vrgentmfe:crperfetutèt£en-
vies Retour du sieur de Poutrinconrt en Frdnee: Pé- rils du voyage. 8
Cîîàp. VL
Batimens de ïile saintte Croix : Incommodité^ des Fraçois audit liai: Maladies wconuës:^£mple dfccurs fur icelles: De leur eau fes : Des peuples qui y font fu\ctst Des viades , mauvaifes eaux ,air ,vens, lacs , pourritures desbois fai fonSydifpofition de corps des yunesjes vieux : ^4 vis deï vLuthcnr fur le gouvernement de U [ante C 7° guéri fon defdites maladies . 475
Chap. VIL
D écouverte de nonudles terres par le jieur de Monts: Cote fabuleux de la fiviere Ct ville feinte «fNorom- bega Réfutation des antheur s cfui en ont écrit: Panes desMoruës en la T erre-nenvc : Ki’ ibeki : C ho üa* koet : Malebarre : ^ irmouchicjuois : Mort d'vn François tué : Mortalité des ^nglois en la Virginie . 4? 6
Ch ap VU L
Arrivée du Sieur du Pont aille S ainÛe Croix: Ha- bitation transférée au Port oyal: Retour du s leur de Mentsen France : Diff culte de s moulin sa bras -.Equi- page dudit Jieur du P ont pour aller découvrir les Terres - neuves outre Malebarre : N au- rage : Prévoyance pour le retour en France: Comparaifon de ces voyages avec ceux de la Floride: Blâme de ceux qmmeprfntU cul- ture de la terre. J 01
C H A P. IX.
Motifs acceptation du voyage du fieur de Tou- tftncourt 9 Enfemble de t yC ut heur en la Nonueüe - France:Partement de la ville de Paris pour aller à la
Rochelle: ^4 dieu a U France . S
C H AP
c h a p. x:
Îqyum m m de notre navire : Mer baffe a ta P^ochdk câufe de difficile [ortie: LaPjochelle ville referme?: Mente peuple mf oient. C roquansi Accident de naufrage du /*- nas: N ouvd équipage: F oiblesfoldats nedoivet eftre mu aux frontières: Minières prient pour la converfim des Sauvages: P eu de zjle des nôtres: Euchdrijhe portée par les anciens Chrétiens en voyage: Diligence du JieUr de Foutnncùurt furie point de £ embarquement . jri 6
Ch ap» XL
V arriment delà p^oc belle : B jn centre s divers de rtavi** rester F 9 bans: Mer tempetueufèk l* endroit des E]fores9 Cr* pourejuoy.rents £ Que fi pourejuoy frequensen la mer du Ponant : D\k viennent les vent s : Mar foins progno - fiiauesdetemperes: Façon de les prendre :T empétes: Efe fefls d’icelles: Calmes : Grain de vent que cefl : comm,e tlfe fernir.S es effeEls: Affeurdnce de Matelots ipeveren- ce ommefe rend au navire Broyai : Supputation de voja~ gê : Mer chaude y puis froide: paifbndece. & des Bancs de glace en la T erre-n * uve . ci*
Ch ap. XI I.
Du grand Banc des Morues: Arrivée audit Banc: JOefcription d’t celui : Pechene de Morues cr £ ù féaux: Goumandife des Happe- foyes' Périls divers: Faveurs de Dieu : Caufes des freauentescr longues brumes en la mer Occidentale : Avertiffemens de la terre: Feue d* icelle: odeurs merveiüeufes : A l ord de deux chaloupes : Des- cente au Port du Mouton : Arrivée au port Ployai: De deux Fraçoûy demeure fèuls parmi les Sauvages. Chap. XIV.
Hsureufe rencontre du Sieur du Pont : Son retour dte Port pjyahjge'ymïJfance : Defcriptiondes environs du* dit Fort : C on)eBure Jur l’origine de la grande rivière dé
Canada: f émaillés deblerj. Retour du fleur duPont en F 'rance:Veyage du fieur dePoutnn court au fais desAr- mouchiquois:Beau fegle provenufans culture: Exercices Cr façon de vivre au Port Royal : Caufe des prairies de la rivière de l 'E quitte* 547
Ch a p. XV.
P artementde ïde S awcle Croix: Baye de Marchin : Chouakoet : lignes raifins, & largejfe de Sauva- ges : Terre cr peuples Armoucmquccs : Cure d'un ArntoUchiquoU blejfé: simplicité cr ignorance de peuplesAicesdes Armoucbiquois: Soupçon: Peuple ne Je fondant de vêtement Ble femêcT vignes plantées en la terre des Armouchiquois : Quantité de raifins : Abondance de peuple: Mer perilleuje . y $7
Oh a p. XVI.
Perds: Langage inconu: Structure d’vne forge, d'vnfour : Croix plantée: Abondance: Confpiration : J3efcbeïJfance:Ajfaftinat. Fuite de trois cens cotre dix : Agilité des Armouchiquois : Mauvaife compagnie dangereufeiiA ccidentdtun monfquct crevé: Infelence, timidité ytnpsete^CP* fuite de S auvages.: Port Fortune : Mer mauvaife: V engeance : Confeil tr refolnuonfur le retour: Nouveaux perds: Faveur de Dieu: Arrivée du S iem de Poutrincourt au Port KjyaV.&la réception a lui faite. S 67
Chap. XVII.
Etat des Jetnailles: InfHtution del'ord-ede Bon- Temps. Comportement des Sauvages parmi lesFrançois: Etat de l hiver ;P ourquoy en ce temps pluies & brumes rares:P ourquoy pluies f requêtes entre les T repiques: Ne- ges vides a la terre: Etat de Janvier: Conformité deteps en l* antique Nouvelle- F rance: P ourquoy printemps
: Culture de jardins: Rapport d'tceux ; Moulin à
Hh : Manne de baye H s: Préparation pour te retour: în* Mention du fieur de P outrmcourt: admiration des San* vages, nouvelles de France, j8 O
Ch ap» XV lits
Arrivée de François: S ocieté du fieu r de Monts rom • pHë'.çrpQurquoy^Avdrice de ceux qüi volent les morts: FeUzjde loye pour la naijfancede Mofeigneur / Orléans: Partement des Sauvages pour aller a la guerre : Suçâmes Membert&u : Ployages fur la cote de la Baye Françoifeî T raffc forât de: Fille d'O uïgotidi; Sauvages corne font de gr ans voyages: Manvaife intention cïiceux : Mine /acier: Voix de Loups-marins : Etat de ï de saintte Croix , vPmourdes Sauvages envers leurs enf ans: J{e* tour au Port Ployai. jp®
Ch ap. XIX.
Port de Çampfeau : Partement du P ort Pjyal: Bru- mes de huit jours s yLrç-en-ckl paroijfant dans l'eaut Port Savalet : Culture de la terre exercice honorable? Regrets des Sauvages au partir du (leur de V ont r in- court: Pjtonr en France: Voyage au Mont faintt Mi* chel: Fruits de la Nouvelle- France prejentex, au Pjyi Voyage en la Nouvelle- France depuis le retour dudit fleur de P ontr incourt : lettre mifove dudit Jienr an faintt P ere le Pape de Pj)mt9 6o>§
Livre Cinquième,
Contenant fommairernentles navigations faites
en la Nouvelle-France depuis nôtre re- tour en Tan mil fix cens fept jafquesà hui.
Ch af. L
Entionde notre grand j^oy Henîu far le f fu\et des grandes entre frifes : Enfemble des r * sieurs de Monts {y dePoutrincourt . pjwca* fiondu privilège delà traite des Caftors* J^eponfe aux envieux pour le sieur de Monts, Dignité du charaftere Chrétien t Périls dudit sieur de M ont s. 6 x 7
Chap. II.
Equipage du sieur de Monts . Kjbec. Commftm du Capitaine Champlein . C onftiration châtiée» Fruits naturels delà terre. Scorbut . ^Anncda. Defenji pour lac que s Quartier . 611
Chap. III.
Conjèil du Capitaine Champlein fur Vn nouveau Voyage. Voyage aux îroquois. Arrivée au Lac.Ejlat dupais des hommes. ^Alarme des Iroquois. Prti*
dece de S auvages.^AddreJfe Cr courage de Champlein . Déroute. Moyen de penetrer dans les terres. Sauvages hommes de parole . 62 5
Chap. IV.
Etat pour ceux qtt on laijfe a J^ebec. Nouveau voyage de Champlein. Voyage au grand tac de Onad^. Combat . ^Alliance. Peau pais . Fort s (y
Religion. Moyen d'attirer ces peuples* Rjetour m France. 634
Ch 4P. VL
*A vis â’vne Société de François fai fi fait pour aller habiter les Terres-neuves des Indes Qccidm * taies. &A2
Livre Sixième
filles, Maifins k étalés. Aires mmfirueux. De - fenfi pour Jacques Quartier. Efterance pour lepafi fage a la Chme, $iÿ
Ch af. V.
Hu il ne fi faut fier quafoy-méme. Mrnlar ~ quement du sieur de Poutrincourt. Longue navi + gation. Confiiration. Arriuée au Port Royal.
E/ltjfPiVtf df $ d±iA"!Jd.<TPl- J?*ll f/lUt f* finît* AI *1 d ^
.
Contenant ks moeurs, coutumes , Sc façons de vivre des Indiens Occidentaux de la Nouvelle-France , comparées à celles des anciens peuples de pardeça ; & particuliè- rement de ceux qui font en même paral- lèle & degré.
Ch a ?. I.
) E xA N A 1 s s A n c B. €entnm*det£fe~ f hrieux , Cîmhres, François, Cf Sauvages. 6$\ k Ch a». II.
£U' ï.'imsosii'xqn ®£s Noms .jtlm
9 iü
dt ceux qui impopnt les noms des chrétiens aux infidè- les. Les noms nont point eflé impofez^ forts fu\et. Des Soulriquets De l'origine des furnoms. Des noms des hommes impofés aux villes cr provinces. C yi
Ch a p, III,
Di LA NOVRR.ITVRE DES E N F A NS*
gemmes du 'jourd'hui : Anciennes Allemandes.
6si
Ch ap. IV.
De l’amovr envers les enfans, S auvages aiment leurs enfans plus que par de ça :C^ pourquoy. Nouvelle- France en qnoy vtilea l'antique France. P ojfefton de la terre. 6 j
Ch a P. V.
De la Religion. Origine de l'idolâtrie* Celui qui n adore rien efi plus fuceptible de la Bjli^ gton Chrétienne qu un idolâtre. Religion des Cana- diens. "Peuple facile a convertir. A ft orgie Cr im* pitié des chrétiens du jeu-rd* hui . Donner du pain Cl* enjeightr les arts eft le moyen de convertir les peuples Sauvages. Du nom de Dieu. De certains Sauva - gesja Chrétiens de volonté. Ejdtgion de ceux de Vir- ginia. C ont es fabuleux de lape fur rethon. Simulacres des Vieux. peligiondesFloridies. Erreur de Belle- foreji. Adoration du S oleil. Baife-maiHA Brefilien.s tourtnèn- te'zjlu diable: Ont quelque obfcure nouvelle du Déluge : £rde quelque Chrétien qui anciennement a eflé vers eux.
Des DEVINS,©" Aoutmoins. Delà P re- tri fè. idoles des Mexicains . Vretres Indien s font au fi Medecsns.Pretexte de Religion. Igufe des Aoutmoins- Çomme ils invoquent les diables. Le diable égratigné J es [acnflcaienrs tregligens. chanfons a U lotîang^
du diable: S abat des Sauvages. Feu ^ de la fainft Jehan * Vrim & Tununim, Sacerdoce fuccefif. Caraïbes , affronteurs femblables aux facyificateurs de Bel. ' 676
Ch ap. VII,
Dv langage. Les Indiens tom divifes en langage. Le temps apporte changement aux Un~ guesXonformité d'icelles. Vu mot S agamos. Sauva- ges parlent en tutoyant. Caujes du changement des langues .T rafjic de Caflors depuis qnad. Prononciation des Sauvages, anciens Hebnenx, G reçs, Latins : & des Varilïens. Sauva es ont des langues particulières non entendues des Terre-neuviers. Prier en langue en- tendue. Manière de conter des Sauvages. CSG Chap. VIII
Des lettres* invention des lettres ad* miralle. Anciens ^ illemans fans lettres. Les lettres C?J fciences es Gaullesauant les Grecs cr' Latins. Sar- ronides vieux Théologiens er Vhilofophes GauUois. Voêtes Bardes. Fjverence qnon leur portoit.R.everenct de Mars aux Mufes. Fille aînée du poy. Bafilic atta- ché au temple £ Apollon* Déploration de U mort du %jy Henri le Grand. Cy 7
Ch a à. IX*
Des vetemens et chevelvres. Vetemens a quelle fin, Nuditi des anciens Vides: des modernes éthiopiens : des Brefiltens. Sauvages de la Nouvelle-France pim honètes. Leurs manteaux de peluches, vêtement de l ancien Hercules , des an* tiens illemans , des Gots. Chauffure des Sauvages, Couverture delà tête. Chevelures des Hebricux , Gaul- loiSyG ot s . Ordonnance aux P r êtres de porter chappeaux. Hommes tondm, *700
l uq
De U Forme et dexterite '.Fofme de l'homme U plus parfaite, violence faite kU Natu- re. Brefdiens camus. Le refé de s Sauvages beaux hom- mes. Demi nains. Vatagons geans. Couleur des Sau- vages. Defcription des Mouches Occidentales. ^/C me - tiquains pourquoy ne font noirs. D'oii vient l ardeur de l’k/ffrique: &le rafraichiffement de l\ytrmeriqne en meme degré L Couleur des cheveux, çr de la barbe. \o » ptains quand ont portébarbe. Sauvages ne font velus 0 femmes vduès. f/C nains Gaullois eyr ^ lîemans k poil blond comme or. Leurs Kyga d 9 Voix , T eux: femmes a bonne tète. Jeux des hommes de la l'a - probane , des Sauvages , zsr Scythes. Des Lèvres. Corps mcnjlrueux .ytgilité corpirele. Comme font les Narres de Malabaru pour efrre agiles. Quels peu- ples ont l agilité. D’e rterité k nager des indiens . Veu’ë aigue, odorat des Sauvages. Leur haine contre les Hejpagn ois. y oj
C H A P. X I.
Des ORNEMENS DV CO RP S . D U fard, gr peinture s , des H ebrieux , Romains, îfriquaim 0^c.,y£nglois, ViBes, G ots, Scythes ey*c. Indiens, Occi- dentaux Des Marques, Vicquures cr Inafons Ifor la, chair. Des Marques des anciens fJebrieux,Tyrons, CV Chrétiens. Blâme des fard O" peintures corporeles. 719 Ch ap. XII.
Des o RHEMENS EXTbRlEVRS. DellX tyrans de notre vie. S uperfluitez^de l* ancienne \ome„ Excès des D âmes. Des Moules Cages dctète.Veintu •
te des cheveux ♦ Vendant d’oreilles. Perles aux mains s jarretières, bottines, cvfouliers.Verles que ce fl. Mata-
çhia z.f^gmls. ECuigm.Carquas defer»& d’er* 7IÎ
G H A P. X I II.
Dv Majuag z.Coh urne des îuif s, Sauvages pim civils que maintes nations anciennes Femmes vi- ves [e noircirent le vifage. Profhmion de fûtes. Conti- nence des S ouxiquoifes. F files à l’é preuve avant le ma- riage * Maniéré de rechercher jvnef lie en mariage. Profhtniion de filles au, Brcfil. Fer oie. Guerifin . Conti- nence des anciens ^düemans. Raifion de U continence des Sauvages. F l o ni iens aimet les femmes . Ithyp halles. Depret^de confangmmté, Femmes G dnll&i fies fécond esB Polygamie fans ]aloufe, Répudiation. Homme ayant snauvaifè femme que doit faire. Abftmences de veves. Coutume de prêter les femmes pour avoir lignée, PaiU lardife efi abominable avec les. infidèles. 7 3^
Chai. XIV .
La Tabagie .Vie des Sauvages des premières terres Comme les A rmouchiquois vfent de leur blé. Anciens Italiens de meme. Affemblée de Sauvages faifansla Tabagie. Femmes feparées. Honneur rendu aux femmes entre les vieux Gaullois & A llemans » Mauvaife condition dy icelles entre les Romains. Quels mt établi Empire Romain. Façon de vivre des vieux Romains }TartaresyMofcovit es, G etnliens , Atiemans$ éthiopiens, de fainfe lean Paptifîe, Scipio é*nil fen» Tra)an>Adrian: çr des Sauvages. Sel non du tout mcefiaire.Satwagespatiifeni quelquefois, Superfihtim â* iceux.Gourmandife d’eux cf de Hercule s. Mandes des Bref liens. Antropophagie. Etrange profiitution de filles. C ommunauté de vie. Hojfûalité des S auvaçe s „ Gauttoû éHemans,cr Turcs 5 a la honte des chrétiens D v B o t b. b. Premiers Romains n'avoient vignes „ 3 i erré des vieux Gauüois> égyptiens* «Anciens Aütmms haïjfim k vin* Vm comment necejfairç*
Petun.Boircl'unhl'autYe.BYtwdge des Floridlens, & Fr efiliens. Hydromel. 744
Ch ap. XV.
Des danses et chanson s. Origine des danjes en l'honneur de Dieu. Danfcs chanfons
en l'honneur d! Apollon, JVeptune, Mars , du Soleil . Des Salies,Vïx{x\\.D<tn(ede Socrate. Danfcs tournées en mauvais vfitge. Combien dangereufes. T ont sauva* ges danfent. A quelle fin. Sotte chanfond’ Orphée. Pour - fuoy nous chantons a Dieu, chanfons des Sounqnois: des peuples fainfts, des Bardes Gauliois. Vaudevilles par le commandement de Charlemagne. Chanfons des La- çedamoniens. Danfcs & Chanfons des Sauvages. Ha* tangues de leu*s Capitaines • 73#
C H A P. XVI.
De la disposition dv corps.
T hthrfie. Sueurs des Sa vanes, Médecins c?J Chirurgies Flondiens%Brefiliens,Souriqmis. Guerifon par char * ma. Merveilleux récit du mépris de douleur. Epreuve de confiance* S oujf rance de tourmens en l honneur de Diane çr du Soleil. Longue vie des Sauvages. Caujes d' 1 celles de l' allégement de noz^ j ours. j6j
. Chap. XVII.
Exercices des hommes. Flcches, tires, maffes fiottclter s, lignes a pécher, raquettes. Canots des Sauvages^ la forme d'iceux. Canots d'obiers , de papier, de cuir fi' arbre s creufez^. Origine de la j aile des Syrcnes. Longs voyages h-travers les lois. Poterie de terre. Labeur de la terre. liemans anciens n ont eu champs propres, Sauvages non laborieux. Comme cul- tivent la terre. Double fcmaille Cr moifion.Vie de l hi- ver. Villes des Sauvages. Origine des villes. Premier édificateur és Gaulle* « Du mot Magus. PhilofophU
4 commence par les Barldres, leux les Sauvages. 77 l
Chap. xv ni.
Exercices des femmes. Femme dite Percée, Femmes fauvées par la génération des enfant .
F urification. Dure condition des femmes entre les S au- •üages.N atteste onroyemenf de cuirs, Paniers, Bourfis % Teinture , Eciielles . Matachiaz , Canots, mour des femmes envers leurs maris. Pudicité d'icelles. Belle ob - jervationfur les noms Bebneux de l'homme £r de la
femme . 78 1
Chap. XIX,
De la civilité*. Première civilité 3ob ci fo fonce a Dieu,o* aux per es CT mer es, S auvages font fu- ies en leur Tabagie, faute de linge, trépas des vieux Gaullois CT Ttfimms. Arrivées des Sauvages en quelque lieu. Leurs falutationsienfimble des Grecs mains >cr H ebrieux. Salutations en et er nu ant:item es commencement des Mifiives, De l'^Cdieu. Du laife * pie,baifi~matn3 CT laife louche, \cverencc des S au~ v âges .a per es CT mer es, Malefiél ion a qui n honore fin fere crfomere, 785
Chap. XX.
Des vert vs et vices des Savvages. Les principes des Ter tus font en nom d és U naijfance . D e laforcecrgradeur de cour âge, Ancien s Gaullois fins peur . Sauvages vindicatifs. Le Pape pere commun des chrétiens pour mettre la paix entre fis enfant, Tempe- rance en quojf confite. Si les Sauvages en font douez Libéralité en quoy confifte. Libéralité des Sauvages* llz^ meprïfent les mer c afin s avares , Magnificence, Ho - ffttdké.Pmé envers Us peres cr mer es. Manfoetqdç*.
Clemence, tufiice ficeux. Gratelle de notre France. Execution de \ujhce.Evafton incroyable de deux Sa vagesprifinniers. Sauvages a quoj dihgensçr parefi feux- ' ° 75 )i
Chap. XXI.
De la Chassé. Origine d’icelle . A qui de appartient. A quelle fin les pjns deuz^. Chajfe,ma- ge de la guerre .Première fin d' icelle. Interprctatipn d’un ver/et du PjaLi$z. Tons Sauvages chajfent. Quand Comment . D eficription CT chajje de l* E Han. Chiens eh Sauvages. Jaquettes aux pies Confiance des Sauvagei i h chafie. Belle invention d'iceux pourla eufine. Sau- vages d'EcoJfe cu.ifint la chair dans la peau. Devoir des femmes apres la chafie. La pecherie du Cafior . Defiri* ption d’icelui.S on batiment admirable. Corne fi prent* Anciennement d! ou vendent les Cafiors. Our%. Léo - pars. Dcfiriptton de l'animal Nibachés, Loups. La» pins^CTc.Befiialde France bien profitant en la Non- velle- FrançeMervplleufe multiplication d’animaux. Animaux de là FloridcsCT du Brefil. Vermine du Brefil. S auvages font vrayement n obles. $qq
Chap. XXII.
La patconnerih* Les Mtifis feplaifint* la chaffe. Fauconnerie exercice noble. Sauvages com me prennent les oifiaux. lies fourmillantes en oifiaux. Gi- bier du Port Rjyal* N irid a u . Mouches Infantes* Voulu d'inde. Oifiaux delà Floride >Cr du Brefil. 815
Chap. XXIII.
La pecherie. Comparaifin entre la Vene~ riiyla Fauconnerie, Cr la Pecherie. Empereur fi de le- vant à la Pecherie. Abfurdite de Platon. Pecherie per- mifi aux Ecclefîafiics. Nourriture de poijfon efi la meiU hure çr la plus faim. Tousp oijfons cYaignent I hiyisr
& fe retirent. Reviennent an printemps. Manne d’Ëd plans y Bar ms y Sardines, E tur geonsy S aumons Maniéré de les prendre par les Sauvages, ^/tbm cr fuperfition de Pythagorc. Sanftor üdes Terre-nenviers. Coquil- lages du Port Ployai. Pecherie de la Morue. si la Morue dort. Poijfonspourqudy ne dorment. Poijfonsayans pierres à la tcte(commela Moruë)craignent l'hiver. H mit s de poisons. Pecherie de U Baleine :en quoy ejl admirable la hard elfe des Sauvages . Hippopotames. Multitude inji * nie de Macquereaux.F ameantife du peuple d} aujour- d'hui. 818
Chat. XXIY.
De IA T er r e. Quelle ejHa bonne terre. T erre figille'e en U Nouvelle -France* Rapport des J émaillés du fleur de Poutrincourt. Quel ejl le bon fumier. Blé de Turquie dit Mahis .(Sommes les Sauvages amendent leurs terres.Comme ilz^fement. Tempérament de l'air fer ta la produftion.G renier s finx; terrains Caufes de U parafe des Sauvage s des premières terres . Chave.Fignes : Quand premièrement plantées és G aulles. Arbres. t^er- m de la gomme dtfapin .P et un ,&faç 0 n d'en vfir. Folle avidité apres le Petun. Vertu d’icelui . Erreur de Belle - forefi. Racines. ^ffrodiles.ConJideration fur lamiferi de plufeurs.Culturedelaterreexerciceleplus innocet . Gloria ador €3.. Gueux fameano . sîrhres fruitiers#
er autres Ju Port goyalje la Floride , du Brefil. Me - pris des Mines . Fruits a cfperer en U Nouvelle* France . QrieresfaiBes k Dieu parle vapepouy la proscrite des voyages en icelle . 85 1
Ch ap. XXV.
De la gverre, quelle fin les Sauvage : font la guerre . Harangues des Capitaines Sauvages . Surprif es. Façon de prefager t événement de la guerre .
Tojer les' armes en parlementant* S ùccejîion des Capi- taines. Armes des Sauvage s. Excellens ^Archers. D* oit vient le mot de la crainte des Sauvages.
Façon de marcher en guerre. Danfe guernere. Comme les Sauvages vfint de la vittoire * Viftime. HoJlie.Sup - f lice. Les sauvages ne veulent tomber es mains de ItUrs ennemis * Prifonniers tondus. Humanité dei Sauvages envers les captifs. Trophées de tètes des vemcus. Aincies Gdullois.Hongres modernes. 849
Ch ap. XXVI.
e s. Pleurer les morts. Les enterrer œuvre <£ humanité. Coutumes des Sauva- ges en ce regard. Pela confervation des morts. Dudueil des P erfes, égyptiens Romains, Gafcons , BafquesAre- Jîliens, FloridieSyS ourt<Juois ^Hebrieux, }{oynes de Fra- ce,Thraces,Locrois , anciens Chrétiens. Brûlement des meubles des Sauvages decedez^. Belle leçon aux avares * Coutumes des Phrygiens, Latins, Helrieux , Gaullois$ *AllemdsA‘Mvagcs}en ce regard. Inhumatio des morts. Quels peuples les enterrent , quels les brûlent , & quels les gardent. Vos funeraux enclos es fepulcres des morts, /ceux reprouvés. ^Avarice des violateuf s de fepulcres* Ui.
Apres s’enfuivent Les Mvses
DE LA NoV VbLLE'FràNCE,
jr LE CT BV R,
AM ï Le&eur, C’eft chofe humaine que de faillir, & autre que Dieu ne ftTpeut dire paifâit , lequel même (ce dit le Proverbe) ne peut aggreer à vn chacun. Partant fi tu trouves quelque chofe en ce livre qui ne vienne bien à ton feus, ou quelque faute d’eiegancei je te priefupporter le tout pat ta prudence , ne m’eftimant pas meilleur que l’un des autheurs que i’’on met parmi les li- vres facrez,lequd à la fin de fou œuvre dit : Que s'il ne s'efl nffe\dtgnement acquitté de fin h$ftoire il luy faut pardonner: Mc ioubmettât en toutes choies à la correbhon des plus Pages que moy.
liy a yneimperfedhon en nôtre langue, que Ion y couche trop de lettres fuperfîuës, C’eft pourquoy ie les av évitées tant que i’ay peu.
Iadjouceray pour l’intelligence des Relieurs, que le lieu de la gracie Charte géographique des T erres-aeuv es doit eftre entre la page 114 &laizy.
La figure du Fort de la Floride dit la Caroline, en- tre la page 66.&1 a 67.
La figure du port de Ganabara au Brefil, entre la page î<?6.&:ia 15)7.
La figure du port Royal, entre îa page 454. & la 4 yy. En ladite grande Charte les lettres B. C. G. I. P. ligni- fient Baye,Cap, Golfe, Ile,Port.
Pour les moins fçavans, ie diray que les vents d’Eft, Oueif,Nort>& Su, fondes vents d’OriengOccident.Sep- tentrion, & Midi. $ueft,Sùroueft, Nord’eft, Noroueff, font les vents moitoyens. le laide les quarts & demi- quarts de vents.
Finalement ie t’avife qu’es Tables de Chapitres ci- defiiis couchées,tu trouveras toute la moelle de fubftacc de certeprefcnte Hiftoire,
Mac - chah, à la fin .
Extrait du Priitilege duRoy.
PA R grâce & Pr iuüegc du Rojy! eft permis à îeail Millot Marchant Libraire en l’Vniverfité de Paris, d’imprimer, on faire imprimer, vendre &diftribuer paî touenoitre Royaume ram de fois qu i! luy plaira, en telle forme ou charactere que bô iuy femb!era,vn liure intitulé Huître de U Nouvelle B rance contenant les nautgattons fat* tes par Us Vr#rtçou es >nâes Occidentales , Çj terres neuves de U Nouvelle- 1 rance, (g les découvertes par eux Jattes ef* dtrx Ueux , Aquoy font adjomées/fj MnfesdeU Nouvelle Irance. Enftmble plusieurs Chartes en taille douce, ou font les figures des Provinces, & Ports,& autres choies feruans à ladite Hitëoire, compoféc par Marc Les- ca rb o t Advocat en la Courde Parlement. Lt ce ju £• ques au temps 8c termede fix ans finis &accompits à co- pier du jour que ledit livre fera achevé d’imprimer. Pen- dant Iequehépsdefenfes /ont faiéles à touslmprimeurs, Libraires,& autres de quelque eftat, qualité ou condition qirils foient,de non imprimer, vendre, contrefaire, ou aU terer ledit lmrerou aucune partie d ’iceluy ,lor peine de cô- fîfcation des exemplaires,#: de quinze cens livres d’amen- de appliquable moitié à nous, & moitié aux pauvres de L’hcilel Dieu de cette ville de Paris, & dsfpens, domma- ges,# mterefts dudit expofant : Nonobftant toute cla- meur de Haro, Charte Normande, Privilegcsjettres ou autres appellations & oppofidôs lormees à ce contraires faites ou afaire. Et veut en outre ledit Seigneur , qu’en mettant vn traiél dudit Privilège au commcncemcn typii a lafin dudit livre, Ufoir tenu pour deuément fignifié^cô- meplosamplc ment eft déclaré par les patentes de fa Ma- jelté Donné à Paris le i7.iourd Novembre, l’an degra-» ce 160 8. Et de noftre r.gne i’vnziéme.
Far ie Roy en fon Confeiî.
Signé,
Brio are.
M O N S E 1 G N EV R
MESSINE PIEI^I^E IE^CNNIN
Chevalier, Baron de Mo nt«
jeu & chagny, Confetller du Roy en fon Ccn- fèil d Ejiat , (y* Conterolleur general de fies finances.
ON S E IG NE V R»
Comme lage de l’hom- me commence par l’igno- rance, & peu à peu i’efpric fe formant,par vae ftudicufe recherche, pratique, 6c expérience » acquiert la co- noiffance des chofes belles &c relevées: Ainfî 1 âge du monde en fon enfance eftoit rude,agrefte, & incivil , ayant peu de conoiflfance des chofes celeftes &c terreftres , &c des fciences que les liecles fuivans ont depuis trouvées, & commu- niquées a la pofterité : &c y reftc encore- beaucoup de chofes à découvrir, dont 1 âge futur fe glorifiera^côme nous-nous
glorifions des chofes trouvées de notre temps. C’eft ainfi que le fiecle dernier a trouvé la Zone torride habitable , 8e la euriofité des hommes a ofé chercher Se franchir les antipodes que plufieursan- ciens n’avoient fceu comprendre. Tout de même en noz jours, le defir de fçavoir afait découvrir à nozFrançois des terres Se orées maritimes qui onques n’avoient efté veuç's des peuples de deça.Témoins de ceci foient les Souriquois, Eteche- mins, Armouchiquois jlroquois^Mon- tagnaisdu Saguenay, Scceux qui habi- tent par- delà le Saut de la grande riviere de Canada, découverts depuis vn an , au lieu defqueis les Hefpagnois,&Flamens ont couché fur leurs Tables géographi- ques des noms inventés aplanir-. & le premier menteur en a tiré plufieurs au- tres apres lui. Nemo enirn jibi tantum errât ; fed dliem errom caufa & duthor eft, Irerfatque nos& précipitât traduits per manm error,alie~ nlfque pçmnm exemplis. Mais rien ne fert de rechercher &c découvrir des païs nouveaux au péril derantde vies, fi on ne tire fruit de cela. Rien ne fert de qualifier vne Novvell e-F ranç e, pour eftre vn nom en l’air Se en
peinture feulement. Vousfçavés, Mon» feigneUr, que nozRoys ont fait plufieurs découvertes outre l’Océan depuis cent ans ença,fans que la Religion Chré- tienne en ait efté avancée , ni qu'aucune Ytilité leur en foit r eüflie.La caufe en eft, que les vns fe font contentez d’avoir veu, les autres d’en ouir parler.Or main- tenant nous fournies en vnfiecle d’au- tre humeur. Car plufieurs pardeça s’oc- cuperoient volontiers à l’innocente Cul- ture de la terre, s’ils avoient dequoy s’employer: & d’autres expoferoient volontiers leurs vies pour la converfion des peuples de dela.Mais il y faut au pré- alable établir la Republique, d’autant que ( comme difiait vn bon 8c ancien véque ) Ecclefia e flirt Republica,non Rtfjtu- ’ '
blica in Ecclefa. Il faut donc première- ment fonder la République, filon veut faire quelque avancement par delà (car fans laRepublique l’Eglife ne peut eftre)
8c y envoyer des çoloniesFrâçoifes pour civilifer les peuples quiy font, 8c les ren- dreChrétiens par leur do&rineSc exem- ple.Et puis que Dieu,Monfeigneur,vous amis en lieu eminent fur le grand théâ- tre de la France, pour voirêc confide»
-
rer ces chofes , & y apporter du fecour» Vous qui aymez les belles entrepri- fes des voyages 8c navigations, apres tantdefervices rendus à nozRois, Faites encore valoir ce talent, 5c obligez ces peuples errans,mais toute laChrétienté, à prier Dieu pour vous, 8c bénir vôtre Nom éternellement, voire à le graver en tous lieux dans les rochers,les arbres, 8c les cœurs des hommes: Ce qu’ilz fe- ront, fi vous daignés apporter ce quieft de vôtre crédit 8c pouvoir pourchafler l’ignorance arriéré d’eux , leur ouvrir le chemin de falut,8cfaire conoitre les cho- fes belles, tant naturelles que furnatu- relles delà terre 8c des cieux. En quoy ie n’cpargneray iamaismon travail, s’il vous plait en cela ( comme en toute au- tre chofe) honorer de voz commande- mens celuy qu’il vous a pieu aymer fans l’avoir veu: C’eft,
MONSEIGNEVR,
Livré I.
PREMIER LIVRE DE
L’HISTOIRE DE LA NO WELLE
RANCE, CÔNTËNA NT LES
Navigations & découvertes des rançois,fouz lauthorité de noz ois en la Terre-neuve delà Floride , jufques aU 40. degré.
Ëref récit fur les découvertes des Indes Occidentales rfe/rfNoVVELLE-FRANCE ; ^ Som-
maire dénombrement dès voyages y faits par les François .Intention del’yZuthcur. Quels font les peuples de U Nouvelle- F rance.
CHAPITRE PREMIER.
Ovtes les parties du mon- de f du moins au-deça de TÆ- | quateur ) ont efté tant par les ânciés, que nouveaux explô- r _ _ rateu£sdelatéiTe5Cofrnogra-
phes & Hiftorièns, reprefèntées aùx hom- mes par Tables géographiques £ &£ amples dcfcfiptions hiftoriqn.es 9 excepté quelquéV
A
z ^Histoire
cotes de la mer du Su , dite Pacifique , & la Nouvelle-France,depui$le Cap - Bretô vers la Terre-neuve du Nort jufques en la Virginie, contenant en cet efpace environ cinq cens lieues d'étendue de terre arroufée de l'Océan, foigneufement découverte depuis l'an milfix cens trois par le travail,fo in, frais, & diligence dufieurde Monts Lieutenant general pour le Roy en ladite Province, & de ceux qui y ont efté pourluy ôc comnlefes Lieutenans.
Pour ce qui touche nôtre Europe , cela eft plus que tref-reconeu, meme depuis que les Hoiandois cherehans vn paflage pour aller à la Chine par le Nort , tournèrent en lan mille cinq cens quatre - vingts - feze à-l'entour du Pôle, & furent empêchés en leur deflein par les glaces & froidures, & contraints de retour- ner fans rien faire. Et quant à ce qui eft des ter- res appellées Indes Occidentales , ce que les Chartes Hefpagnoîs ont occupé ils Font fort exa&e- des Hz- ment dépeint fur leurs Chartes, & en ont écrit fyagnols deshiftoires fort amples , & à leur avantage joigneu- tant qu’ils ont peu,fan$ y découvrir leurs vices. Jemcnt ce qUj eft de la Nouvelle-France depuis la
depein - Terre-neuve delà Floride jufques à la Terre- tes. en ce neuve duNôrt inclufîvement , ils ne s'en font qnds autrement fouciés, &ne voyons point qu'ils ontveih cnayent écrit qu'à veue de boule, Srn’cn euf fentfçeu pertinemment parler n’y ayans point mis lepié(for$ en la Floride, où ils ontdtémai rcceuz des Sauvages du païs,lefqucls ie nom- meray de ce nom commun, quoy qu’ils foient.
DE LA NovVELLÉ-FrANCEv 3 Liv.t» fans comparaiTon, autant humains que iivus) pour argument dequoy ie diray feulement que toutes les Tables géographiques font fauffes depuis ladite Terre neuve de là Floride juC quesàla Terre-neitvedu Nort, & n'y a aucun fiiftorien qui àit traité véritablement des pais qui font au deçà du trente-deuxieme degré; quoy qu’on ait feint des grandes viiies& riviè- res au pâïs qu’on à appelle d’ vn nom Alternai! Norumbega,lequel on a aflîs par les quarante- cinq degrez.
Donc noftteRoy François premier, parmi les diffïcultez de fes affaires, deiireux d’accroi- frète nom Chrétien & François, en Tan mille M.D. cinq censvirigt-quatre,donnacommi(îion au XX Capitaine Iean Yerazzan Florenrin pour dé- couvrir tes terres des Indes Occidentales au ïean deçà du Tropique de Cancer, à fuite de Chri- zserazf ftophe Colomb premier autheur de la bonne fortune des Hefpagnols , lequel peu aupara- J j vantàvoit découvert ce qui eft au-delà dudit Tropique.En execution de cette commiffion Iceray V erazzâ côtoya tout ce qui eft depuis la Terre-neuve de la Floride jufques au quaran- tième degré( quelques vns adjoutent jufques au GapBret ) & en fit fon rapport à fa Mâjeftéô Depuis en Fan mille cinq cens trente-quatre, le Capitaine îaeques Quartier de SainéfcMaîo entreprit nouveaux voyages fouz rainhodté du même Roy, duquel il a laiffë des mémoi- res pour fervir aux Mariniers & Géographes, ayant luy-mcme impofé tes noms aux ilès/
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chant'
plein.
4 HrSToiRE
F^t^dctfoïtSjgolfes^rivicres , caps , & pro- môtoires qu ilavoit découverts, lcfquels pour laplufpart ont efté changés , ou omis par les Hefpagnols es Chartes Géographiques écrites ou imprimées és lieux de leur domination. Et neantmoins noz Mariniers qui vont à la pê- cherie Toit des Baleines, ou des Morues, fans fe foucier de ce que le papier fouffre & reçtoit>re- tiennent plus volontiers les noms que nos an- ciens François ontimpofés à ces terres.
Apres Iacques Quartier nul ne s’eft mêlé de découvrir & écrire ce qui eft plus avant dâs ledit païs, finonle fieur Champlein excellent Géographe, lequel depuis Tan mille fix cés trois jufquesà hui a demeuré préque continuelle- ment en ladite terre que nous appelions Nou- velle France: & de fes voyages il a ci-devant donné quelque chofeau public , que nous a- vons recueilli en cette Hiftoire, avec d’autres qu’il a fait depuis pour le fieur de Monts juf. * quesaulacdes Iioquois, &c au grand lac d’où fine la grande & nompareille riviere de Cana- da, à cinq cens lieuës,ou environ, de fon efn- bouchure.
Bien eft vrayque quelques vns au temps de FAdmiral de Colligny pouffez de defîr d’éta- blir la Religion Chrétienne félon leur doéhi- ne , & enfemble vne Nouvelle- France en ^Ciy4Se ces parties du monde où Dieu n’eft point co- du BreJ1* neu 9 fc font tranfportezlcs vns au Brefil, les Cr ae a autres en la Floride , retournans fur les pas de tlorid€é Verazzan: Mais leur deftein pî a point retiffi.
DB 1À Novvïue-Frakch.’ j Liv.r Toit par l’envie des Hefpagnols, Toit par leur propre divifion & pour avoir voulu fuivre leurs fantafies. Neantmoins fi ont-ils, comme leurs devanciers, laide des écrits de leurs voya- ges, par lefquels on peut reconoitre non feu- lement les mœurs & façons de vivre des peu- ples où ils ont efté,mais auffi les côtes, rades, havres, caps, iles,rochers, battures, & rivières des terres qu’ils ont habitées oudécouvertes.
Et d’autant quêtant de Mémoires difperfés fe perdent facilement, & ne peuvent refifter au temps qui en fin confomme toute chofe, s'ilz ne font ramaffés à la fsçon de ces petits poifions qu’on dit eftre confacrées â Venus, pourcequ’ilznaiiîentdel’ecume desflots,lef' quels fe voyans expofés à toute forte d’injure, êc en proyc àlagourmandife des plus grands, s’ademblent par milliers , 8c s’entrelaflent en tant de pelotons, qu ils fe rendent aflez forts pour fe garentir de la gueule des courfaires.
Ainfi m’a fembléâ propos de joindre briève- ment, Sc comme par epitome àla defcription des derniers voyages faits par les fieurs de Monts 8e dePoutrincourt enlaNouvelleFran- ce, ce quenoz François ont laillé par écrit des découvertes qu’ils ont dés long temps fait és parties Occidentales, depuis que l’avarice a porté les hommes de deçà à la recherche des threfots de cette grande ile Atlantique, qui ex- cède toute l’Aüe &c l’Afrique enfemblem eut,
& autres moindres iîes voifînes d’icelle, célé- brées par Critias auTimée de Platon: non que
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€ Hïtoire
la Religion avec ce n’y aie pris quelque pro- grès, comme Dieu fçait titer du mal vnbien, mais les hiftoires nous témoignent aflez claire- ment, que l’efpoirdu pillage a efté le premier 0 . ôc principal but des premiers qui y font allez. XMetion je veux doc faire vn recueil-general de ce que dn An ■ pay ieu çn divers petits traitez&merpoircs que •r ' eHr' i’ay pris tant en laBibliotheque du Roy, qu ail- leurs ; enfemble ce que ledit Sieur De Monts Lieutenant de fa Majefté en laNou veüe-Fran- ce,a fait èc exploité au voyage qu il v fit en Tan mil cinq cens trois : & finalement ce que i’y ay veu 8c remarqué enrefpacededeuxetés& vn hiver que nous avons elté en ladite province, en la compagnie du fleur de Poutrin court par- my les peuples rudes & non civilifés,fans poli- ce, loy , ni religion, qui habitent cetre terre, tant pour contenter l’honétedefir de plufiéurs qui dés long temps requièrent cela de moy, quepour employer vtilement lesheures que ie puis avoir de loifir durant ce temps que l’on appelle des Vacations.
Ie Et quoy que mon fujet fembie bas, n’eftant Çm du pas ici traité dVn Royaume rempli de belles ÿrefent villes, de beaux palais, de belles tours, enrichi üure ^ delongue main de beaucoup d’ornemens do- nefia meftics, 8c publics /formillant en peuples in- feytter. ftruits en toutes: fortes d'arts liberaux 8c me- chaniques, & en vn mot n'ayant ici à difeou- rirfurles fept merveilles du monde: ce fujet toutefois tel qu'il eft, n'eft point à rejetter, fl I on confldere que ce grand vaiffeau defli-
de la Nqvveu^France." 7 Lrv.L pience Salomon n'avoit point dédaigné de traiter en Ton hiftoire naturele des moindres
roit qu'en coniideration de l'humanité, & que 35* ces peuples defquels nous avons à parler font hommes corne nous, nous avons dequoy eftre incités au defir d'entendreleurs façons de vivre & mœurs, veu mémemcnt que nous recevonsr fouvent auec applaudiffement les hiftoires 8c rapports des chofes qui ne nous font point fî étrâges', ni tant éloignées de nous: afin que par la confideration de leur état 8c déplorable con- ditiô nous venions à remercier Dieu de ce qu'il pftlm& nous a gratifié par deflus eux,& dire avec lcI^ya Prophète & Roy fon bien-ay mé: ^
^/£ I acabit donne pour guide.
Ses flatuts & fis mgemens. il n a fait ainfi pour le refle JP es peuples de tout l'Fniv ers Leur rendant fa loy manifefle.
Et fis \ugemens decouvers.
Car il nous a par fa grâce illuminé de la lumière defonfaint Evangile, par fon faint Efprit, 8c parles enfeignemens de fesmeflàgers fideles, defquels lavoixna point encore pénétré jnf- ques-là,finô depuis ces dernicres années, quafi comme vn éclair tant feulement.
Ainfi nous ne fçaurions moins faire que ce
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Histoire Platon Payen lequel remercioitfeS Dieux
6 entre autres chofés de ce qu'il eft oit né à Athè- nes pluftot qu en quelque autre part : pour-au- tant que làeftoit le domicile dé toute bonne inftrudion, civilité 3c police,le.fiege desfcien- ces 3c desbonnesloix.
Et neantmoins noz peuples de la Nouvelle Peuples France ne font fi brinaux,ftupides,ou lourdaux de U quel’onpourroitpenfer. Et trouve que c efl à Non - grand tort qu’on dit d’eux que ce font des be- vêtit- tes,géscruels,&fansraifon. Carie n’y a y point France, veudeniais comme il s en trouve quelquefois es pais def Europe: ilz parlent avec beaucoup de jugement:^ pour la cruauté, quand ie révo- qué en mémoire noz troubles derniers, ie eroy que ni HeIpagnols,ni Flamens, ni François , ne leur devons rien en ce regard, voire les furpafi* fions de plus de juftemefure: Carilsnefçavent que c’eftde donner le fronteau, de chauffer la plante des pieds, de ferrer les doigts , &C autres choies plus horribles que ie ne veux enfeigner. Mais s’ils ont à faire mourir quelqu'vn, ils le font fans fupplices exGogités.Êt diray plus, que fans faire mention de noz rroubles, 3c prenant noz nations defJEurope en Fétat qu'elles font aujourd’hui, iepuis affairer qu'ils ont autant d’humanité , 3c plus d’hofpitalité que nous, comme nous remarquerons plus à loilîr en au- tre lieu parlans de leurs moeurs 3c façons de vi- vre^ comme iel'ay touché en mon Adieu à la Nouvelle-France.
be ia Novveue-Frahce* 2 LivJ.
JPu nom Gaullois . Réfutation des ytutheurs Grecs fur cefujet. Noe'premier Gaullois. Les Gaullois pè- res des Ambres en Italie . Conquêtes naviga- tions des anciens Gaullois . Loix marines jujlice,&* victoires des M arfeillois. Portugal. Navire deParis . Navigations des anciens François . Refroidi[fe~ ment en la navigation dt ou efi venu. Lâcheté de no* trejiecle . Richejfes des Ter res-neuves.
Çhap. IL
Lvsievrs anciens ayans voulu difeourir de l’origine du nom Gaullois , fe font èferimés en te- nebres, & n’ont point touché au but, foit ou faute de fçavoir l’hiftoiredela création du monde, ou d’enten- dreleslangues des vieux fiecies, aufquelles il faut rapporter rimpoiition des noms les plus anciens; ou d avoir des vrais mémoires des pre- /rncien miers Gaullois* Ce qu’aufli n euffent ilz feeu GauH0# avoir 3 dautantque toute !a Théologie, &c Phi- » /, -m lofophie d’iceux Gaullois cohfiftojt en traditi- ve, & fans écriture, de laquelle ilz nufoient • qu es choies privées, ce ditCelar. Or ici nous // n’avons affaire qn’aux Latins &c Grecs, qui * feuls ont traité de nôtre antiquité. Quantaux Latins, iceux nevoyans apparence de dériver nôtre nom d'un Coq , fignifié par le mot G al- la s en leur langue, ilz n’en ont voulu rien dir**
théi
ee.
G dates*
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io Histoire
Mais les Grecs plus hardis,lefquels ont brouil- lé les origines de toutes chofes , & icelles rem- plies de fables, ont écrit qu’un Roy des Gaul- lois nommé Celtes, de par honneur Iupiter, Cdticus.cut ync aPPel^ Galathée, laquelle dedai- Gald' gnoit tous les Princes de fon temps, jufques à ce qu'ayant ouï les vertus nompareilles du grand Hercules de Lybie fils d’Ofiris,qui guer- royoides tyrans de la terre, çomme il paffoit par le païs des Celtes pour aller d’Hefpagne en Italie, elle en devint amoureufe, de par la per- miffion de fes parens eut de lui vn enfant , qui fut nommé Galates, lequel furpaffa tous les Princes de fon âge en force de corp s , de gran- deur de courage : de ayant conquis beau- coup de provinces par armes , changea le nom des Celtes que fon pere avoitdonné, & nommafesfubjets Galates. D’autres ont penfé qu5 ils avoient eftéainfi appeliez du mot Grec Tct A et, qui fignifie Lai6t,pour ce que le peuple Gauiloiseft blanc de de couleur de laiéb Or Zjfutd- ces dérivations font abfurdes. Car pour ce qui tien. eft delà couleur blanche il y avoir plus de rai- fond’appellerainfi ceux delà grandeBretagne, ouîes bas Allernans. Et puis c eft folie d’efti- mer que nous ayons pris nôtre appellation des Grecs, defqtieîs au contraire vne partie eft ap- pelle de nôtre nom. Pour le regard du mot de Galates, c’eft vnç invention de la meme for- ge. Carie ne voy que contrariété en tous ceux qui en ont parlé. Paufanias en fes Attiques, dit, que le nom de Galates n’eft venu que fur 1%
PE LA No V y EL L E-F RANCE.1 II Lxv.J* fcard,&: que de grande antiquité lesGaullois au- paravant fappelloient Celtes. Et toutefois Galates y félon Berofe,a eftéRcy des Gaullois immédiatement apres Celtes . Strabon au con- traire,dit,que tous les Galates ont efté appeliez Celtes par les Grecs, à caufe du noble eftoc de ceux de la province Narbonpife: oùildonneà entédre qu’ils eftoient Galates devant qu'eftre Celtes. Àppian tient que les Celles viennent d’vn Celtes fils de Polyphemn*, qui fut fils de Ne- ptune: ce qui ne fe peut accorder avec ce que dit Berofe, que Iufker Celtes fut le neufieme Roy des Gaullois , plufieurs liecles apres Neptune.
Mais ie voudroyf demander pourquoy les - precs,pourfuivreleursfantafies,ont changéle aHrfjes nom de Gaullois en Galates, ce que n’ontfair^^ les Romains plus retenus & plus fobres à brouiller l’antiquité. le croy quils ont eu crainte de fe rendre ridicules en les appellant Gaullois par vne (11 ) double, d’autant que TclïXoç en leur langue lignifie châtre': & ils v oy oient les Gaulles formiller en generatio.Et de là ont pris fujet d’impoferlenom deGalates aux Gaullois, à caufedu Roy Galates, Et néant- moins Strabon non autrement fcrup.uleux les appelle indifféremment Gaullois & Galates,
& ceux defAlie Gallo-grecs N y ayant donc point d’apparence à ce nom de Galates , il eft meilleur de nous arrêter à l’appellation de noz plus proches voifins les Romains, qui nous cognoiifent mieux , def-
ii Histoire
d _ quels feint Grégoire difoit que Comme ils n ont riva non f *5 ^csf ointes gr fubtilitez^ des Grecs , aufîi n en ont - du nom les hereftes : Hz ne font point U grands
GauHeis, brouillons & menteurs. Et pour le nom Gaul- loisnous avons l’authorité de Xenophon,le- quel en Tes Æquivoques dit que le premier Ogy- ^■«(quiftjtNoé )futfurnommé Le Gaullok,pource qu'au Deluge du monde se fiant garenù des eaux , il en garentit au fit la race des hommes , gr repeuplai a *Deces terre: De lavient(dit-i\)quelesSages * ( qui font peuples peuples de laScythie Afiatique,c eftà dire de Sages font l'Armenie, où 1* Arche de N oé s’arrêta) appellent vcnwnoK, vn Veti^€aU tenter Gallerim(ây ou le mot de Galle- j/sTtl re, & GalUote nous eft demeuré , & non point Shfages. de G ale r us, comme a voulu diteEïafme)*pource *Erœj&j. qrfdgarenttt du naufrage. Caton auproème de enC^ùa: fes Origines, & autres Autheurs, s’accordent à a iu Gale- ceque deffus, difens que lanus ( qui eftNoe) sas. vint deScythie enltalie auecles Gaullois pè- res desVmbres ( peuples auiourd’huitenanslc Duché de Spolette) ainfi appeliez dun autre nom que leurs Peres , mais reuenant à même fignification»Car en langue H ebraïque & Ara- méeGallim lignifie Flot, Eau, Inondation ; &c en langue antique Latine Vmber , ou Imber li- gnifie Eau & Pluie.
Noé donc repeuplant le monde amena vne troupe de familles pardeça, lefquelles ai- mans la navigation trouuerent bon de s appel- Cener 1er du nom attribué à ce grand Ogyges(c eftà i o verf. dire Sact é) & femblablement à Co-
' * merus Galius (lequel en l hiftoire feinte eft ap-.
DELA No VVELt E-FRAKCB. 13 LlV. L peüéGomer)ptemierRoy des Gaullois félon Jacques de Bergome en fon Supplément des Chroniques: quoy que Berofe le face Roy d’1- talie,à quoy ie ne me puis accorder, puisqu'ils n’en ont retenu le nom.
Ainfi ayans beaucoup multiplié(cotnme la aauîlois nation Gaulloife eft féconde )ilz fe rendirent /, es
maitres de la mer dés les premiers fiecies apres p. xemîm le Deluge: ôc devant les guerres deTroye 1 z faciès grand Capitaine Cambaulcs ravagea toute la Grece& TAfie , comme le confefle Paufanias en fes Phociques , ôc ailleurs. Long temps de- merm puis les Gaullois affriandis au butin firent trois armées,dont Brennus Ftin dès chefs avpit cent cinquante deux mille piétons, ôc vingt milles quatre cens maitres de cheval à fa part, chacun defquels avoit deux chevaux de relais, & nom- bre de Solduriers fouz lui, côtoyant toute T A- fie par mer auffi bien que par terre. Strabon fait strah, mention d’autres grandes conquêtes des T t-lw» 4. éfcofàges, Toliftobogiens, & Trocmiens peu-CT-'i** pies Gaullois, lefquels occuperentla Bythinie, Phrygic, Cappadoce ôc Paphlagonie, fous vn nommé Leonorius>lequel y inftitua douze T e- trarches femblabies à noz douze Pairs de Fran- ce. Et de ces côquétes parle auffi Pline, lequel dit quils avoient cent nonante cinq villes ôc principautés. Lo\x
Au refte ils avoient leurs loix marines fi bien m4rtnes ordonnées, que les nations é tranges fe confor- deSMar~ moient volontiers à icelles , comme faifoient les Rhodiens, au récit de Strabon * lefquels
1*4 H istoirè;
avoient emprunté de noz Marfeillois les lois marines defquelles ils vfoiént. Ce qu ils a voient fait d’autant plus volontiers qu’ilz voyoienc iceux Marfeillois vivre juftement, & nefouf- frir aucunspyratesfurlamer, ayans ( ce dit le mémcStrabonJ de grans magazins bien four- ^îns% nis de toutes chofes neceiïaires à la marine , & pour battre les villes , ênfemble infinies de- pouïlles des viéfcores par eux obtenues durant les. plusieurs fiecles contre les pyrates fufdirs. Et Les Iules Cèfar parlant de la ciuilité des Gaullois Gaullois & de leür façon de vivre ; laquelle ils ont en- ont en- feignée aux Allerftans, dit que la cognoifian- feigne Ucc des chofes d’outre mer leur apporte beau- civilité coup d’abondance de de commoditez pour aux M Tufage de la vie.
lemans. Et ne faut penfer que cette ardeur de navi- Pcrtu- ger ait efté enclofe dans la mer du Levant. Car gai, le pais de Portugal portant le nom de Port des Port des Gaullois, témoigne allez qu’ilz ont au flïcou- caullois. ruiitr rOceâ.En mémoire dequoy la principa- le ville dü Royaume des Gaullois porte enco- Navire reaujourd’huy la Nauire pour fa marque. Voi- deVaris.te ie pourray bien encore ici mentionner la pointe d’Angleterre, qui fappelle Cornu GaUiœ, Cornu Cornuaille. Ce qui ne peut provenir que des G alita. navigations des Gaullois.
Mais comme par la viciffitude des chofes jxicifii- touz fechangeici bas, & les fiecles ont ie ne ttide. quelle neceffitéfpour n’vfer du mot de fa-
talité) née avec eux de fuivre le gouverne» met desaftrcsinflrumens de la providence de
DE 1 A NoWEILE-FrANCE. IJ Dieu : les Gaullois ont quelquefois par occa- fionlaillé refroidir cette ardeur de voguer fur les eaux, comme lors que les Romains feme- rentla divifion entre-eux,& s’emparerét par ce moyen de leur Etat : & depuis quand les Fran- çois 5 Gots, & autres nations dechirerent ce grand Empire ja caffé de vieilldïe,& tout rem- pli d’humeurs vicieufes, 8c corrompues de îongue-main. Mais par apres auiïï félonies occurrences ils ont repris leurs premiers 8c an- ciens crremens , comme lors quon a publié les CroiiàdeS pour le recouvrement de la terre Sainte -, environ lequeltemps , fçavoir en fan milledeux cens quatre-vingts, pour éviter îa peine de creer tous les jours des Admiraux ex- traordinaires, & par commiffion , pour en- voyer fur la mer 8c conduire Farmee Françoife enfOrient, futl’Admirauté de France erigée en titre d’ Office par le Roy Philippe furnom- mêle Hardi fils defàintLoys , 8c deferée au Sire Eriguerran de Coud troifieme du nom en cette famille, premier Admirai de France en la qualité que j’ay dit.
Or comme vn malade preffédela douleur qui le violente oublie aifément les exercices aufquels il fouloit s’occuper citant en pleine famé; Ainfi les François par-apres occupez fur îadefenfiveaüx lôgues guerres qu’ils ont eues contre les Anglois dedâs leurs propres entrail- les & au milieu de S# France, ils ont laifïe dere- chef al entir cette ancienne ardeur en la naviga- üô5 qui ne s’eft pas ay fémét r’echaufFée depuis.
Liv. J.
Kffroi- dijfemet de la na- vigant d'où efl venu*
Premier <Adtm- ral de France*
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té Histoire „
n’eftant à peine la France relevée de maladie^ que voicy naitre d'autres guerres parla glou- tonne ambition de deux, voire trois nations, qui ne Te promettoientrien moins qued’em- porter chacune vn fleuron de cette Corone.à la faveur & des forces de l’Empire & des pilla- ges du Pérou. Quoy que ce foit,Iapluspuif- fante partie en a tiré de bonnes pièces, lefquel- les jaçoit qù’elles fe puilîent juftemét débattre, toutefois ce ne ferpit fans beaucoup de diffi- cultez. Et depuis ce temps les differens pour la Religion, & les troubles eftans furvenus, noz François parmy ces longues alarmes ont efté tellement occupés,qu’en vne divifion vniver- felle il a efté bien difficile de vifer au dehors, faifant vn chacun beaucoup de coferver ce qui lui eftoitacquis,& vivre chezfoy-méme.
Neantmoins parmi toutes ces chofes,noz Rois n’ont pas laiffé de faire des découvertes avec beaucoup de depenfe en diuerfes cotrées, ôc en divers temps,) e ne diray pas depuis qu’oil a ofé franchir l’Océan ( car noz Gaullois & François dés plufieurs fiecles ont familier le voyage des Terres-neuves) mais depuis qu’on a paflë la Zone torride & eu conoiflance des régions A nlar étiques , & Antichthones, aul- quelles toute l’antiquité a creun’y avoir point de paflàge, c’eft à dire eftre impoflible d’y par- venir. Et eullènt fait davâtage fi nos Admiraux François fe fulTcnt pleuàja marine, ou neuf- fentefté empêchés ailleurs & embroiiillés en noz guerres civiles. Car encore* que les Rois
bien
B E l A N O V V E t LE-FrANC E. ïj LlV. I? Bien fou vent ne foient que trop pouffez d’am- bition pour commanderà toute la terre, &â desnouveaux mondes, s’il eftoit poffible,d au- tant que ( corne dit le SageJ ta gloire cr dignité rroverk des Xj>is gît en là multitude du peuple: fi Ont-ils be- I4- foin de gens qui les fécondent, voire qui les iesgjis -enflamrrtétàvnbeaufujec.où principalement ont be~ ilya appareneede faire chofequipeut rèüffir jom d'é- à la gloire de nieu,& n’y va point du détriment tre mcl. d’autrui. Et en cela nôtre fiecleeft en pire con- U^uu dition que les précédés pour Ce regard, d’autât Bien. que combien que par la grâce de Dieu nous ' Mal de jouïflïons d’vne bonne paix, que le Roy foit nitrefic- redoùté, &ait des moyens autant que pas vil c[e p0Ur defes predecefl'eurs, que l’établiffemeht d’vn la „av;„ Royaume Chrétien & François foit facile és gdtion. régions Occidentales d’outre-mer., & qu’ily^ ait des hommes immuables en cette refolution d habiterla Nouvelle France, d’où ils ont rap- porté les fruiéts deleur culture, comme fera dit en fon lieu: neantmoinsil ne fe trouve quaiî perfonne ( j’enten de ceux qui ont crédit en Cour ) qui favorife ce deffein, non point de parole feulement en privé, riioins envers fi Majefté. On eft bien aife d’en ouïr parler, mais d’y aider, on ne f entend point à cela. On vou- droit trouverles threfors d’Atabalippa fins tra- vail & fans peine,mais on y vient trop tard / & pour en trou ver il faut chercher, il faut faire de ladépenfe, ce quelesgrans ne veulent pas.Lës -, demandes ordinaires que l’on nous fait, font: ®man~
Y a-il des threfors,y a-il des Mines d’or Sc d’ar- or^~
B
i8
Histoire
• i gentî&perfonnene demande , Ce peuple là mires de > ^ ^ entendre la dodrine Chrétien-
ceux aui _ r -
_ 3 ncî Et quant aux mines u y en a vrayement,
StK °r'de ma‘s^^es^auc fouiller auecinduftrie,labeur,&
™ent e patience.La plus belle mine que je icache c ét la NOU- r. , , I „ !.. l ■ i* L.n.:»l
velle -
du blé & du vin, avec la nourriture du beftial.
Qui adececi,il adel’argent.Et de mines nous ^^‘^n en vivons point. Et tel bienfouvcnta belle U^lus mine qui n’a pas bon jeu.
Idle m ^ Aufurplus les Mariniers qui vont de toute excelUn f^uroPe chercher du poiiïbn aux Terres-neu- " ves,& plus outre , à huit & neuf cens lieues mme‘ loin de leur païs, y trouvent des belles mines fans rompre les rochers, éventer la terre , vivre enl’obfcurité des enfers (carainfi faut-il appel- leras minier es,où Ton condamnoit ancienne- ment ceux qui meritoient la mort )i\s y trou- vent , di-je , des belles minesauprofonddes eaux, & au traffic des pelleteries & fourrures d’Ellans,deCaftors, de Loutres , de Martres, & autres animaux dont ils retirent de bon ar- gent au retour de leurs voyages, aufquels ils ne fe plairoient point tant s’ils n’y fentoient vu Excelle ce ample proffit. Ceci foit dit en paüantpource àelaTer- quiregarde la Terre-neuve , laquelle jaçoit -, g neuve, qu’elle foit peu habitée & en vn climat alfez froid, neantmoins eft recherchée d’un grand nombre de peuple quilui va tous les ans ren- dre hommage de plus loin qu’on ne fait les plus grands Rois du monde,lefquels on caret- fe& honore bien fouvent , pluspource qu’ils font riches & peuv ent enrichir les autres , que
ni ià J'Jdvvmï-FnANct ip LîV;Î; par devoir. Ainfi en fait-on à cette terre:la- quelle eftant en cette qualité tant vtile , il faut eftimer que celles qui font en plus haute élé- vation de Soleil,font beaucoup plus à prifer Sc eftimer, d’autant qu’avec l’abondance de la mer elles ont ce qu’on peut efperer de leur cul- ture, fans mettre en confiderationles mines d’or & d’argent , defquelles nôtre France O- rientale fe paife bien,& ne laide pas d’eftre aui- £ floriffante que les païs defquels elle eften- vironnée.Dequoy nous parlerons plus ample- ment ci-aprés félon que le fujet fe prefentera.
Conjectures fur le peuplement des Indes Oc- cidentales, & confequemmcnt de la Nou- velle France comprife fom icelles.
C h A p. III.
E fçay queplufieurs étonnez delà decouverte des terres de ce monde nouveau qu’on appelle Ind es Occi- dentales, ont exercé leur efprità re- chercherle moyé par lequel elles ont peu eftre peuplées apres IeDeluge:ce qui eft d’autat plus difficile que d’ yn pôle à l’aùtre ce monde là eft feparé de cetui-cy d’vne mer fi large, quel es hommes nel’ont jamais (ce femble) ni peu , ni ofétraverferjufquesà ces derniers fieclés,pour découvrir des nouvelles terres: du moins il n’é eft point mention en tous les liüres & me- TrctHÎtre moires qui nous ont efté laiffez par l’Antiqui- opinion.
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chdp. I. ï>erf !/• Cr 4- Zfil. 13* w/.45* 46. 47. Deuxie- me opi~ mon .
S dp AU verf. 4. J,
Troifie- me opi- nion*
té.Les vns fe font fervi de quelques Prophcliei &revclationsderEcriture fainte tirées parles cheveux^pour dire les vns que les Hefpagnols* les autres quelesluif's devoiët habiter ce nou- veaumonde. D’autres ont penfé que c’eftoit vnerace de Cham portée là par punition de Dieu,lors que Iofüé commença d'entrer en la terre de Chanaan,& enprédrepoffeflion,rE- criture fainâe témoignant que les peuples qui y habitoient furent tellementépouvantez,que le cœur leur faillit à tous;&: ainîi pourroit eftre avenu que les majeurs & anceftres des Ameri- quains& autres de delà ay as efté chaffez parles enfans dlfraël de quelques cotrées de ces pais deChanaan,feftans mis dans des vaifleaux à la mercy de la met?auroient efté jettez& feroient abordez en cette terre de l’Amerique. Ghofe qui femble eftre confirmée par ce qui eft écrit en la Sapience dite de Salomon , à içauoir que les Chananéens avantfentrée des enfans d lf- raël en leur terre eftoiét anthropophages, c eft à dire mâgeurs de chair humaine,comme font plufieurs en cette grande étendue de païs. Et pour les aider encore à dire, j’ad/outeray que plufieurs des Àmeriquains fautent par dellus le feu en faifant leurs invocatious à leurs De- m o ns, ai n fi que faifoientlesChananeens. Mais il y a des raifons encores plus probables que .celle-ci: entre lefquell es ie diray que ceux-là ne fe sot poît éloignez de la vérité, qui ont eftimé que quelques mariniers,marchans,& pafiàgers lui pris de quelque fortunal de vent en mer.
de ia Novvelie- France* zi Liv.I à la violence duquel ilz n'auroient peu relifter, auroient efté portés en cette terre , 3c là para- v en ture auroient fait naufrage, fi bien que fe trouvansnuds,iI$auroient efté contraints de vivre de chafle & de pecherie, & fe couvrir des peaux des animaux qu’ils auroient tués,&: ainfi auroient multiplié 6c rempli cette terre tele- ment quelemét(car il n'y a préque que les rives de mer & des grandes rivières habitées, du moins aux premières terres qui regardent la France , & font en même pataliele ) fi bien qu'oresqu'auparavantils eufient quelque co~ noiirancede Dieu,celapeuà peus'eft évanoui, faute d’inftru&eurs , comme nous voyôs qu’il eft arrivé en tout le monde de deçà peu apres le Deluge. Etplufieurs accidens echeuz de cet- te façon, tant de la partie deJ’Orient, que du Midi , & duNort, &des pais y interpofés, peuvent a^oir caufé le peuplement de cette terre Occidentale en toutes parts.
Ce qui n eft point fans exemple,métne qui nous eftfamilier.Car en Fan mil cinq cens qua- tre-vingts dix-hui<5t Le fieur Marquis de la Ro- che gentil-homme Breton prétendant habiter la Nouvelle France, 3c y aflëoir des colonies Françoifes,fuivantlapermiflion qu'il en avoir du Roy, il y mena quelque nombre de gens, lefquels(pource qu'il ne conoiffoit point en- corele pars ) il déchargea en File de Sable, qui eft à vingt lieues de terre ferme vn peu plus au Su que le Cap-Breton, c’eft à fçauoirpar les quarante quatre degrez. Cependant il s’en a,\h
2t Histoire
, recognoiftre & le peuple & le païs,& cher- Voyage qUelqUe beau port pourfe loger. Aure- ànste-t-r touriifutprisd’vn vent contraire qui le porta lAarquts ^avant cn mer, que fe voyant plus prés delà ' t 'S** Prance cIue ^es §ens > ^ cotinuafa route par- che en U jCçaj 0ùÜ fat peu apres prifonnier és mains Nouvel- ^u5ieur £)uc de Mercure, & demeurèrent là le-Fran- pes l’efpace de cinq ans vivans de
ffî poiifons, & du lai étage de quelques vaches qui y furent portées il y a enuiron quatre- vingts ans, a u temps du Roy François I. par le Sieur Baron de Leri, Sc de faint Iuft, Vicomte de Guetf, lequel ayant le courage porté à cho- fes hautes, defiroit s’eftablir par-dela,& y don- ner commencement à vue habitation de Fran- çois ; mais lalongueur du voyagei’ayant trop long temps tenu fur lamer , il fut contraint de décharger la fon beftial , vaches & pour- ceaux, faute d’eaux douces & de pâturages : Sc des chairs de ces animaux au jourd’hui grande- ment multipliés, ont aufli vécu nofdits Fran- çois en ladite ile.tout le tempsqu ils y ont efté. En fin le Roy étant à Rouen commanda à vu pilote deles aller recuillirlors qu’il iroit à la pecherie des Terres-neuves. Ce qu’il fit , Sc dvn nombre quarante ou cinquante, en ra- mena vne douzaine, qui fe prefenterent à fa Majefté vê tu z de peaux de loup-marins. Voi- la comme les peuples Sauvages fe font for- més. Et qui eût lailfé là perpétuellement ces hommes avec nombre de femmes ,ilz fullent ( ou leurs enfans ) devenuz femblables aux
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dela'NovvelleFrance,' 2$ LivJ peuples delaNoavelle France,& eullént peu- à peu perdu la cognoiffance de Dieu. Et fur cette confiderationie pourrois m'écrier avec T Apôrre faint Paul ; O profondeur des richcffes, gr de la Japience, <vr* de là conoiffance de Dieu ! quefes f ^ iugemens font incomprehenfibles , & fes voyos impofi - * y *
lies a trouverl Car qui eft- ce quia coneula penjeedu Seigneur , ou qui a ejlé fon Confeillerï ». ^
Si quelquvn allégué que ce que iç viens de 1 10 9
dire n'a peu eftre fait pource que cb n eft la coutume de mener les femmes en mer . le re- Hjponfe* pliqueray que cela eft bon à dite en ce temps ici, mais que les premiers fiecles ont efté au- tres, aufquels eftoient les femmes plus vigou- reufes,& avoientvn courage du tout mâle: au lieu qu’au jourdui les delices ontappoltron- nisScfunSc l'autre fexe. Et neantmoins eçi- cores voyons -nous quelquefois des femmes fuivre leurs maris en mer. Et n'en faut qu'u- ne pour en peupler tout vn païs :ainfique le monde a multiplié par la fécondité de nôtre première mere.
Or pour revenir à mon propos,fay vn au- tre argument , qui pourroitfervir pour dire que ces peuples ont efté portez là de cette fa- çon, ceft à dire, par fortune de mer, & qu’ils font venuz de quelque race de gens quiavoiêt efté inftruits en la loy de Dieu. C'eft qu’vu iour comme le fleur de Poutrincourt difeou- roit par truchement à vn Capitaine Sauvage nommé chj^oudun , de nôtre Foy &: religion, il répondit furie propos du Deluge,quil avoir
B iii]
24 Histoire
bien ouï dire dés long temps , quancienne-r ment il yavoiteudes hommes mechans ie£^ quels moururent tous, 8c y en vint de meil- leurs en leur place. Et cette opinion du Délu- ge n’eft pas feulement en la partie de la Nou- velle-France, ou nous avons demeuré, mais elle e(l encore entre les peuples du Pérou, le£ i, quels (à ce que raconte Iofeph Acofta)parlent ch. z .de f°rt d’vn dduge avenu en leuj pais, auquel fonhifl. tous les hommes furent noiez,& que du grâd naturel- ^ac Titicdcd fortit vn rirac9cha( qui eftleplus leczsln ~ grand de tous leurs Dieux, lequel ils adorent Jles% en regardant au ciel, comme créateur de tou- tes chofes ) 8c ce rirdcocha s’arrêta en Tid,gH&~ naco , où fon voit auiourd’hui des ruïnesi & veftiges d’anciens édifices fort étranges: 8c de là à Cufcq. Ainfi recommença le genre hu- main à fe multiplier.
le ne veux pas nier pourtant que ces grans païs n aient peu eflre peuplez par vne autre Qu4trie* voye, Içavoiir queles hommes fe multiplians me opi- fur la terre, 8c f étendans toujours, comme ils mono ont fait par-deça, en fin il y a de l'apparence que de proche en proche ils ont atteint ces grandesprovioccs,foit par FOrient, ou parle Nort, ou par tous les deux. Carie tiens que toutes les parties delà terre ferme font con- catenées enfçmble, ou du moins s’il y a quel- que détroit, comme ceux d’Anian &deMa- gellan: c’eft chofe que les hommes peuvent àifc ment franchir. La confîderation du paira- ge des animaux eft ce qui plus n^us peut arre-
de la Nôvveile-France^ ï9
ter ï’efprit en ceci. Mais on peut dire quil a efté aifé d’y tranfporter les petits, & les grands font d'eux- mêmes capables de paflerles détroits de mer, comme il eft vray-femhlabiequeles Bi- lans ont paffe de l’Europe Septentrionale en Labrador, enCanadaven la terre desSouri- quois parleNort: carnousfçavonsde certai- ne fcience qu’ils ne font pas difficulté de paffer des bayes de mer * pour accourcir le chemin d’vne terre à vne autre. Et nous lifons au pre- mier voyage du Capitaine Iacques Quartier* quélesours paffent aifément quatorze lieues demer:En ayant lui-même rencontré vn qui traverfoità nage la mer qui eft entre la terre ferme & file aux oifeaux.
Mais quand ie confidere que les Sauvages ont de main en main par tradition de leurs pe- res, vneobfcure conoiffance du Deluge,il me vient au devant vne autre conjecture du peu- plement deslndes Occidentales* qui n'a point tell* encore efté mife en avant. Car quel empeche- }cClure: ment y a-il de croire que Noé ayant vécu trois fftieftl# cens cinquante ans apres le Deluge, n’ait luy cinquie* même eu le foin & pris la peine de peupler, ou tneopi- | pluftot repeupler ces pais là ? Eft-il à croire tnon% qu’il foit demeuré vn Ci long efpace de temps fans avoir fait 3c exploité beaucoup de gran- des & hautes entreprifes?Luy qui eftoit grand ouvrier, 3c grand pilote* fçavoit-il point fart défaire vn autre vaifteau{ carie fien eftoitde- meuré arreté aux montagnes d’Ararat, c’eftà dire de la grande Arménie) pour reparer la de-
Histoire folation delà terrerTuy quiavoitla conoi/Tan- ce de mille chofes que nous h’avons point par la traditivedes fcicnces influes en nôtre pre- mier pere, duquel il peut avoir veules enfans, ignoroit-ilces terresOccidentales,où par-avé- ture il avoit pris naifiànce? Certes en tout cas il eftà prefumer qu’ayant refprit de Dieu avec luy , &: ayant à r établir le monde par vnefpe- ciale eleâion du cieljil avoitfdu moins par re- nommée) cognoiiïance de ces terres là, aux- quelles il ne iuy a point efté plus difficile de fai- r revoile,ayant peuplé l’J talie, que de venir du 2Voea bout delà mer Mediterranée fur le Tibre fon- rnenedes der fon les hiftoires prophanes
peupla- pont véritables, & par mille raifons y a apparé- des en I- cç de le croirfe.Car en quelque part du monde tahe. pe trouvaft^il eftoit parmi fes enfans. Il ne
lui a,di-je, point efté plus difficile d’aller du dé- troit de Gibraltar en laNouvelle France, ou du Cap- Vert au Brefil, quà fes enfans d’aller en lava, ou en Iapan,planter leurnom;ouau Roy Salomon de faire des navigations de trois ans: lefquelles quelques vm des plus fçavans de nô- tre fiecie dernier paflé,& entre autres François Vatable,difcnt avoir efté au Pérou , d'où il fai- foit apporter cette grande quantité d’or d’O- phirtres-fin& pur, tant célébré en la fainte E- criture.
Que fi (la chofe prefùppofée de cette forte) ceux des Indes Occidentales n’ont confervéle facré depos delà cognoiffànce de Dieu, & les beaux enfeignemens qu'il leur peut avoir laif-
des
o.
DE IA NOVVELIE-FHANCE. 2/ LlV. I* fés, il faut côfiderer que ceux du monde de de- çà n’ont pas mieux fait.S omme cette cô j eéfcure me femble fondée en aufli bonne & meilleure raifon que les autres. Et de telle chofe ayant eu Platon quelque four de nouvelle, il en a parlé en fonTimée comme vn homme de Ion pais, là où il a difeouru de cette grande ile Atlanti- que,laquelle comme il ne voioit point,ny per- fonne qui y euft efté de fon temps,il a feint que par vn grand deluge eileavoit efte fubmergee dans la mer.Et apres lui Ælian au troifiemede fon hiftoire Des chofes diverfes,rapporte cho- fe préque femblable , quoy qu’il croye que ce foit fable: & dit félon Thcopompus, que jadis ^ il y eut fort grande familiarité entre Mydas Phrygien,& Silenus.GeSilenus eftoitfilsdv- >> neNymphe,de conditiô inferieure aux Dieux, maisplus noble que celle des mortels. Apres ** avoir tenu plufieurs propos enfemble, Silcnus yy adjouta que l’Europ e,l’Afie 8c la Libye eftoiet îles environnées de l’Océan , mais qu il y avoit vne terre ferme par de là ce mode ici degran- yy deur infinie, nourrifïànt de grans animaux, & Tels font des hommes deux fois auffi grans , & vivans les Pa - deux fois au tât que nous: qu il y avoit de gran- tagons, des cités3 diverfes façons de vivre , & des ioix contraires aux nôtres. Par apres il dit encores que cette terre poffede grande quantité d'or Sc , d'argent, fi bien qu’entre les peuples de delà l’or eft moins eftimé quele fer entre nous.&c.
Qui confiderera ces paroles, il trouvera quelles ne font point du tout fabuleufes: &C
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18 Histoire
côclura qu es premiers fiecles les hommes ont eu conoiîlance de f Amérique, & autres terres y continentes, 5c que pour la longueur du che- min les hommes celTans d’y aller , cette conoif> fanceeft venue à néant, & n’en eft demeuré qu’vne obfcure renommée. Car Pline même Pline //.fe plaint que defon temps les hommes eftoiét 2,cb.^6 appoltronnis & la navigation tellemement re- froidie qu’il ne fetrouvoit plus de gens enten- dus à la marine,de forte que les côtes de terres fereconoilToient mieux par les écrits de ceux qui 11e les av oient jamais veuê's , que par le dire r de ceux quileshabitoient.Gnnefefoucieplus ( dit-il) de chercher de nouvelles terres, ni mé- me de conferver la conoifiânce de celles qui font def-ja trouvées, quoy que nous foyons en 53 bonne paix de que la mer (oit ouverte de ou- 35 vre fes ports à vn chacun pour les recevoir. Ainfi les ilesFortunées(qui font les Canaries) ayas efté és plus prochainsfiecles apres leDelu- ge fort concüés,&frequetées,cette conoiilan- ce s’eft perdue par la nonchalance des hom- mes, jufques à ce qu’vn Gentilhomme de Pi- cardie Guillaume de Betancourtles découvrit és derniers fiecles , comme nous dirôs ci apres.
Et pour vne dernière preuve de cequei’ay dit ci-deflus par vne conjc&ure vray-fem- blable que les fiecles plus reculés ont eu co- noifiànce des terres Occidentales d'outre l’Océan , i’adjouteray ici ce que les Poètes an- ciens ont tant chanté desHefperides,tefquelles ayans mis au Soleil couchant , elles peuvent
Çhdju-
trei}.
la Novveue-France.' ±9 Liv.t beaucoup mieux eftre approprieées aux îles des Indes Occidentales, qu’aux Canaries, ni Gorgdnes. En quoy volontiers ie m’arreteray à ce que le même Pline * fur vne chofe pleine pl‘ns G • d’obicurité, recite qu’un Statius Sebofus cm-wap- 31» ploya quarante iours à naviger depuis les Gor- gones (qui font les iles du Cap VerdJ /ufques aux Hefperides. Or ne faut-il point quarante jours , ains feulement fept ou huid, pour aller des Gorgones aux ilesFortunees/où quelques vns mettent les Hefperides ,) n’y ayant que deux cens lieues de didâcc.Surquoy ie conclus que les Hefperides ne font autres que les iles de Cuba, THefpagnolc, lalamaïque, & autres voifines au golfe de Mexique.
Quant au dragon qu’on difoit garder les pommes d’or des Hefperides, & aucun n y entroit , les anciens vouloient fignifier les dé- troits de mer qui vont en ferpentant parmi ces iles ', au courant defquels plufieuts vaifi féaux fe font perdus, & qfl’on n y alloit plus.
Que fi le grand Hercule y a efté , & en a ravi des fruits’, ce neft pas chofe éloignée delà vertu.
Limites de la N ouuelle-France,&* Jommairedu voya- ge de le an V er azjzjtn Capitaine Florentin en la T erre-neuve, aujourd'hui dite La Floride : ^ iuec *vne hneve dejcription des peuples qui demeurent par les quarante degrez^*
C h a p IV.
Y a n T parlé de l'origine du peuple de la Nouvelle-Fran- ce,iï eft à propos de dire quel- le eft retendue & fituation de la province , quel eft ce peu- ple , les mœurs , façons ôc coutumes d,iceluy,& ce qu’il y a de particu- lier en cette terre, fui vaut les mémoires que nous ont lailfé ceux qui premiers y ont efté , ôc ce quenous y avons reconeu & obfervé durât le temps que nous y avons fejourné. Ce que ie feray, Dieu aydant, en fix livres, au premier detquclsferont décrits les voyages faits en la Divifio Floride: Au fécond ceux qui ont efté faits fouz delapre •• Villegagnon en laFrance autarcique duBrefil: fente hi- Au troiiieme ceux de Iacques Quartier ÔC Jloire. Champlein en la grande riviere de Canada:Au quatrième ceux des fleurs De Monts ôc de Poutrincourt fur la côte de la T erre-neuve qui eft baignée du grand Océan jufques au quaran- tième degré: Au cinquième ce qui s'eft fait en ce fuj et depuis nôtre retour en l’an 1607. &au
î> E 1 A N OVVHLtÈ-^R A N C E. LiT-I*
Sixième les mœurs, façons & coutumes des peuples defquels nous avons à parler.
le comprens doncfouzlaNottvelle- Fran- ce tout ce qui eft au deçà du Tropique de Cancer jufques au Nort,lailfantla védication Etm- de la France Antar étique à qui la voudra & due de U pourra debattre,& àPHefpagnolla jouïflance Nouvel* de ce qui eft au-delà de nôtredit Tropique. En Frdn- quoy ie neveux m’arreter au partage fait autre- Ce . fois par le Pape Alexandre fixieme entre les Rois de Portugal 6c de Caftille, lequel ne doit préjudicier au droit que noz Rois fe font jufte^ ment acquis furies terres de conquête , telles que font celles dont nous avons à rraiter,d"au- tantquecequilenafaitaefté comme arbitre de chofe débattue entre ces Rois;quineleur appârtenoit non plus qu à vn autre. Et quand en aurre qualité ledit Pape en auroit ainfî or- donné , outre que fon pouvoir eft ipirituel, ileftàdifputerfcavoirs’il pouvoir, ou devoir partager les enfans puifnezde l’Eglife, fans y appellerTainé*
Ainfi nôtre Nouvelle-France aura pour li- Limites mites du coté d’Oüeft la terre iufques à la mer de U dite Pacifique,au deçà du Tropique de Câcer: nouvelle Au Midi les iles 6c la mer Atlantique du côté France» de Cuba& File Hefpagnole: Au Levantla mer du Nort qui baigne la Nouvelle- France : 6c au Septentrion, celle terre qui eft dite inconuë vers la mer glacée iufques au Pôle arétique. De ce côté quelques Portugais 6c Anglois ont fait des courfes jufques à j6. 6c 6j. degrez pour
ji Histoire
trouver paffage d’vne mer à l’autre par leNortf mais apres beaucoup de travail ils ont perdu leurs peines ,foit pour les trop grandes froidu- res , foit par defaut des chofes neceffàires %, pourfuivre leur route.
1524. En lan mille cinq cens vingt-quatré, Iean Verazzari Florentin fut envoyé à la decou- verte des terres par nôtre Roy Trcf-Chretien François premier, & de fon voyage il fit vn rapport à fa Majefté i duquel jereprefenteray les chofes principales fans m’arreter à fuivre le fil defondifcours. Voici donc ce qu’il en écrit: AyânsôutrepaiïéWlede Madere, nous fumes poulfez d’vnehorrible tempête , qui nous guidant vers le Nort au Septentrion, apres que la mer fut accoifce nous ne laiffa- mes de courir la même route l’efpace de Vrtmtb vingt-cinq jours, faifans plus de quatre cens re décou- lieues de chemin parles ondes de l’Océan : ofi verte de nous décou vrim es vne Terre-neuve , non ja~ IdTerre- mais (que Fonfçache ) coneue, ni découver» neuve } te par les anciens,ni parles modernes ; & d’ar- depm rivqeelle nous fembla eftre fort baffe : mais 4pj?eliée approchansà vn quart de lieue , nous concu- mes par les gransfeuz que Fon faifoit le long de. des havres, 8c orées de la mer qu’elle eftoitha-
Feu^ bi'tée,& qu’elleregardoitversle Midy:& nous que font mettans en peine de prendre port pour furgir les s au- &: avoir conoiflan ce dupais, nous navigames vages /iplusdecinquantelieuësen vain.'fi quevoyans rives de quetoufiours la côte tournoit au Midi , nous la mer. délibérâmes de rebrouffer chemin vers le
Nort
DE JLÂ Nû VV E LL É-F RANCE. Jj Liy. 1 Nort,fuivant nôtre courfe première. Et fin voyant qu’il n’y avoit ordre de prendre porq hoüs furgimes en la côte , 8c envoyâmes va efquif vers cerre,où furent veut grand nombre des habicans du païs qui approchèrent du bord de la mer 3 mais dés qu’ilz virent les Chrétiens proches d'eux ils s’en fuirent , non SdUv^ toutefois en telle forte qu’ils ne regardaient^. sen~ fouvenc derrière eux , & ne prinlfenc plaifir/^^ ^ avec admiration de voir ce qu’ils n’avoient , accoutumé en leur terre; 8c s’ebâhiiïbieH(t 8c desChre- des habits des nôtres, 8c de leur blancheur 8c tteHs* effigie,leur montransoù plus commodément ils pourroient prendre terre, &c. Puis il ad Dcfirl - joute:Ils vont tout nuds , faufqü’ils couvrent ption des leurs parties honteufes, avec quelques peaux s'àuvd- de certains animaux qui fé rapportent aùx ges de la Martres , & ces peaux font attachées à vue Terre - ceinture d'herbe qu’ils font propre à ceci , 8c neuve . fore étroite , & tifitie gentil emenê, 8c accou- trée avec pluiieurs queues d’autres animaux qui leur environnent le corps, 6c les couvrent jüfques aux genoux* & fur la tête aucuns d’eux portent comme des chapeaux , 8c guirlan- des faites de beaux pennaches. Ce peuple eft de coulent vn peu bazannée , comme quel- ques Mores de la Barbarie qui avoifinent fe plus de l’Europe;ont les cheveux noirs > touf- fus, 8c non gueres longs , 8c lefquèls ité fient tout vnis 8c droits fur la tefte , tout ainfi faits que fi c’eftoitvne queue Ils fonl bien pro- portionnez de membres , de ftàtùre moyen- ne, vn peu plus grans que nous nefomme^
C
Il
£4 Histoire
larges de poitrinc,les bras forts & difpos,corri- meauflï iis ont & pieds & jambes propres à la courfe, n’ayant rien qui ne foit bien propor- tionné, fauf qu’ils ont la face large , quoy que non tous, les ïeux noirs & grans , le regard prompt 8c arreté. Ils font allez foibles de for- ce,mais fubtils & aigus d’efprit, agiles ôc des plus grands Sc vites coureurs de la rerre .
Or quantauplan & fit de. cette terre & de Situa- l’oree maritime, elle eft toute couverte de me- ti on de la nu fablon qui va quelques quinze pieds en Terre- mentant, & s’étend comme de petites collines neuve > & côtaux , ayans quelques cinquante pas de
dite ilo - large: & navigant plus outre on trouve quel- ride. ques ruifl'eaux & bras de mer qui entrent par aucunes foffes & caueaux , lefquels arroufent les deux bords. Apres ce on voitla terre large, laquelle furmonte ces havres areneux , ayant de trefbelles campagnes & plaines, qui font couvertes de bocages & forets tref- touffues, fi plaçantes à voir que c’eft merveilles: & les arbres font pourlaplufpartlauriers, palmiers, 1 {apport & hauts cyprès, & d’autres qui font inconus delaTer- à nôtre Europe , & lefquels rendoient vne re neuve, odeur tref-fuaVe, qui fit penfer aux François que ce pais participant en circonférence avec l’Orient , ne peut eftre qu’il ne foit aufliabon- dant en drogues & liqueurs aromatiques, comme encore la terre donne aflêz d’indices quelle n’eft fans avoir des mines d’or, & d ar- gent & autres métaux. Et eft encore cette ter- re abondante en cerfs,daims,& lièvres. U y a des lacs ôc étangs en grand nombre , & des
S)E LÀ Nb V VELLÈ-£rANCB* fleuves & ruiffeaux d’eau vive , & des oyfeaux dediverfesefpeces, pour ne laiffer choie qui püiffe feruir à i'ufage des hommes.
Cette terre eft en élévation de trente-
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Liy.î.
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tre degrez>ayantlair pur, ferain,&: fort fani 8c de U j temperé , entre chaud 8c froid , 8c ne fent-on Terre- point que les vens viokns , 8c impétueux neuve, foufflertt & refpirent en cette région , y re- dire fIo- gnantle vent d’Orient 8c d’Occident , & fur ride* toutenEté* y eftant le ciel clair 8c (ans pluie, li ce n’eftqüé quelquefois le vent Auftràl foufïle, lequel fait élever quelques nuages & brouïllars , mais ceîafe pâife tout foudainë- ment, 8c revientlapremicre clarté. La mer y eftquoye,& fans violence ni tourbillônemens de flots , & quoy que la plage foit baffe 8c fans aucun port, fi neft- elle point facheufe aux nâ- vigans, d autant qu’il n y a pas vn efcüeil , 8c que jufques à rez de terre à cinq ou lîx pas d’icelle, on trouve fans flux ni reflux vingt j^ernm piez d’eau. Quant à la haute mer on y peut facilement furgir, bien qu vne nef fuft coin- battue de la fortune , mais près de la rade il y ^ fait dangereux. Par cette defcriptiôn peut-on reconoitre que ledit Verazzan eft le premier qui a découvert cette côte qui n’avoit point encore de nô, laquelle il appelle Terre-neuve,
& depuis a efté appelléela Floride par les Hef- pagnols , foit ou pource qu’ils en eurent la veuë le jour de Pafques-flories , ou pource qu elle eft toute verte 8c floriffante , 8c que même les eaux y font couvertes d’herbes ver- doyantes,eftanC auparavant nommee Uqmzji pai ceux du pars. G ij
Histoiré
Quant à ce qui cft delà nature du peuple 2-jdme jecette contrée, noz François en parlent tout du peuple autrement qUe les B efpagnols , auffi eftans na- delaFlo- turejiernent plus humains, doux, & courtois, r,“e- ils y ont receu meilleur traitement. Car lean ^ Ponce y eftantalléà la découverte, & ayant Sn°.s . mis pied à terre ; comme il vouloit jetter les ,^'fondemens de quelque citadelle ou fort , il y tes en U puc ^ furieufement attaqué par vn foudain F Unie. chocdeshabitansdu pais , qu’outre la perte d’un grand nombre de fes foldats,il receut vne play e mortelle , dont il mourut toc apres , ce qui mit fon entreprifeàneant, & nereconeu- rentpourlorslesHefpagnols que cet endroit oùilspretendoientfe percher.
Depuis encore Ferdinand Sotto riche des dépouilles du Pcru , apres avoir enlevé les threfors d’Atabalippa , defireux d’entrepren- dre chofes grandes , fut envoyé en ces parties- là par Charles , V. Empereur avec vne armée en l’an mil cinq cens trente-quatre. Mais com- mel’avariceiniatiablelepouiloit, recherchant les mines d’or premier quedefe fortifier, ce- pendant qu’il erroit ainfi vagabond , & ne trouvant point ce qu’il cherchoit & efperoit, il mourut de vergongne & de ducil , & fes foldats qui deçà, qui delà furent aflommés en grand nombre parles Barbares. Derechef en lanrml cinq cens quarante-huit , furent en- voyez d’autres gensparlemcfme Charles V. lefquels furent traitez de même, & quelques- vns écorchez , & leurs peaux attachées aux portes de leurs temples.
pe iaNowelle-Francb." 37 LivJ Notre Florentin Verazzan s’eftant ( com- me il eft à prcfumer) comporté plus humaine- ment envers çes peuples , n'en receut que tou- te courtoifie , de pourtant dit qu’ils font fi .gracieux & humain$,qu eux ( c’eftà dire les François) voulansfçavoir quelle eftoitlagent qui habitoit lelong de cette c6te , envoyèrent vn jeune marinier, lequel fautât en Teau (pour- çe qu’ils ne pouvoient prendre terre , à caufe des flots Sc courans ) afin de donner quelques petites denrees à ce peuple , & les leur ayant jettéesdeloin ( pource qu il fe mefKoit d’eux) il fut pouflé violemment par les vagues fur la rive. Les Indiens (ainfi les appelle-il tous) le voyans en cet état le prennent & le portent bien loin de la marine , au grand étonnement du pauvre matelot , lequel s’attendoit qu’on Fallat facrifier , & pource crioitrilà l?ayde,& au fecours, comme aufli les Barbares crioient de leur part penfans Fadeur er.L’ayans misait pied d’uncôtau à l’objet du Soleil ils le dépouille- rent tout nud 5 s’efbahiflans de la blancheur de ntte^s fa chair, & allumans vn grand feu , le firent re- *
venir de reprendre fa force : de çe fut lors quçdhw. tant ce pauvre jeune homme que ceux qui étoient au bat eau,eftim oient que ces Indiens le deulîent maifacrer de immoler, faifans rôtir fa chair en ce grand brazier, de puis en prendre leur curée, ainfi que font les Canibales. Mais il en avint tout autrement, Car ayant repris fes i efprits,&: efté quelque temps avec eux , il leur fitfignequ’il s’en voulait retourner aunavire, pii avec grande amitié ilz le re conduit en^
G iij
38 H X ST O IR*
l’accollansfortamoureufement. Et pour lui
donner plus d’affeurance , ils luy firent largue cntr’-eux , & s'arrêtèrent jufques à tant qu’il fut à la mer.
Delcr'ip- Ayans traverfé païs quelque centaine de tw cI'm- lieues en tirant vers la côte qui eft aujourd’hui
très ter- appellee Virginia,ils vindrent àvneautrecon- res cr trceplus belle & plaifantc que l’autre , & où peuples les habitans eftoient plus blancs , & quifeve- frje~ toient de certaines herbes pendantes aux ra- " plus ait meaux desarbres,& lefquelles ilz tiftent avec
^Nort cordes de chanve fauvage , de laquelleils ont yhemes. grat^e abondance. .
riElnail- Ilzvivent delgeumes,lefquelzreffemblent les aux nôtres;&: depoifïbns 3 3c d’oifeaux qu’ils prennent aux rets,;& avec leurs arcs,les fléchés defquels font faites derofeaux,& de cannes, & le bout armé d’arçetes de poilfon, ou des os de quelque béte.
r Ils vfent de canoës 3c vaifleaux tout dvne
r res pièce, comme les Mexiquains , & y eft le paif- ° lagè & terroir fort plaifant, fertil , 8c plantu- oray réüx,boçagçux 3c chargé d arbres , mais non fi
{Ue ^ odoriferens,à caufe que la côte tire plus vers le
vant* Septentrion: ôcparainfi eftant plus froide, les fleurs 3c fruits n'ont la vehemence enl odeur que celle des contrées fufdites.
l a terre y porte des vignes 3c raifins (ans Vïgna, culture , & ces vignes vont fehauflant furies arbres,ainfi qu’on les veit accoutrées en Lom- bardie / & en plufieurs endroits de la Gaf- cogne : 3c eft ce fruit bon, & de meme goût que les nôtres , & bien qu'il z lien facent
DE IA No V VELIE^-FrANCE^ 39 point de vin,fi eft-ce qu’ils en mangent , 8c s'ils ne cultivent cetarbrifTeau,à tout le moins otent-ils les fueillages qui lui peuvent nuire & empecher que le fruit ne vienne à matu- rité.
On y voit auffi des rofes fauvages , des lis, des violettes,& d’autres herbes odoriferentçs, & qui font differentes des nôtres.
Ht quant à leurs maifons , elles font faites de bois 8c fur les arbres , 8c en d*aucuns en- droits ilz n’ont autre gitc que la terre , ni autre couverture que le ciel, & par ainfi ilz font tre- tous logés à renfeigneduCroiifant, comme aufli font ceux qui fe tiennent Lelongdeces terres 8c rives delà mer.
Somme nôtre Verazzan décrit fort ample- ment toute cette côte>laquelle il a vniverfelle- ment veue jufques aux Terres-neuves où fe faitlapecheriedes morues.
Mais d’autant quen nôtre navigation der* nierefouz la charge du fleur de Pontrincour, en l’an mil fix cens fix , nous n'avons décou- vert que jufques au quarantième degré , afin que le leéteur ait la piece entière de toute nô«* tre Nouvelle-France coneuë , iecoucheray ici ce que le même nous'' a laide d’un pais qu’il décrit , 8c lequel il fait en mémeeleva- tien quefl la ville de Rome , à fçavoir à qua- rante degrez de la ligne , qui eft vne parti dupaïs des Armouchiquois ( car il ne do 11e pas de nom à pas vn des lieux qu’il a veu.) 11 dit donc quil vit deux Rois , c’eft à di- re, deux Capitaines , & leur train , tous al-
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Liv.I.
Fleurs » Maifons*
Mœurs des peu» pies qui
fentpar les 40 degrez..
lo
OgPS.
4P Histoire
lans nuds, fauf que les parties honteufes font couvertes de peau foit de cerf ou d’autre fau- vaginethommes & femmes beaux & courtois fur tous autres de cette côte , ne fe foucians d’or, ni d’argent, comme auffiils neten-oienc en admiration ni les miroirs, nilalueur des ar- mes des Chrétiens: feulement s’enqueroient comme on avoitmis ceci en œuvre. Vit leur logis qui étoit fait comme les chaffis d’vn lit, foutenus de quatre piliers , & cou vers de cer- tainepaille.: comme noz nates, pour les défen- dre delapluye : Et s’ils avoient l’induftrie de bâtir comme par-deça, il leur feroit fort aifé , à caufe de l’abondance de pierres qu’ils ont de Marbre, toutes fortesi'es bords de la mer en eftans tout îalfe. couvers,& de marbre & de jafpe , & autres efpeces. J4 changent de place , & tranfportent leurs caban es toutes les fois qu e bon leur fem» ble,ayanten vnriendrefle vn logis femblablc, &; chacun pere de famille y demeurant avec les fiens,ii bien qu’on verra en vneloge vingt Çuerifon & trente perionncs. Eftans malades ils fe gue- desmaU- rident avec le feu,&: meurent plus de grande ladies, vicillefle que d’autre chofe.Ilz vivent de legu- Sauva- mes, comme les autres que nous avons dit , & ç-csobfer- obferyent le cours delalunelorsqu’ilfautles ‘vent le femer. Ils font spifll fort pitoyables envers cours fleurs parens lors qu’ilz meurent , ou font en U lune adverfîté: car ilzles pleurent & plaignent; four fe- & eftans morts ils chantent ie ne fçay quelz mer . y ers lamente vans leur vie paflèe.
Voila en fotnme la fubftance de ce que
D E la Noweue-Frakcs; 41 Lrr. ï. nôtre Capitaine Florentin écrit des peuples qui! a découvert.Quelqu’vn dit queftant par- venu au Cap Breton ( qui eft l'entrée pour cin- gler vers la grande riviere de Canada'jil fut pris opinion 8c dévoré des Sauvages. Coque difficilementy#r la puis-je croire, par ce qu en ces parties-là ilz ne mort de font point anthropophages , & fe contentent Verdir d’enlever la telle de leur ennemi. Bieneftvray que plus avant vers le Mort il y a quelque na- tion farouche qui guerroyé perpétuellement noz mariniers faifansieur pecherie. Maisj'en- tens que la querele n’eft pas fi vieille,ains eft de» puis vingt-ans feulement, que les Maloins tue- tç t vne remmpd'vn Capitaine, & n en eftpoint encorda vengeance allouv je. Car tous ces peu- ples barbares generaleme/it appetent la ven- geance, laquelle ilz n oublient jamais , ains en laiifent la mémoire à leurs enfans.Et la religion Chrétienne a cette perfeétiô entre autres cho-^ fes , qu’elle modère ces pallions effrenées , re- mettantbien fouventrinjure,la juftice, &l*e^ xecution d'icelle au jugement de Dieu.
Voyage du Capitaine Jean Rjlaut en la Floride : Les decouvertes quïly a fait : & la première demeure des chrétiens <£r François en cette contrée .
Ch ap. V*
N core s queportez deîamarée & du vét tout enfemblc nous ayos pâlie les bornes delà Fl fioyons parvenuz jufquesau rancierae degré, toutefois il n'y aura point
41 Histoire
gerde tourner le Cap en arriéré &r’entrer fut noz brifées,d’autant que fi nousvoulons paffer outre nous entrerons fur les battures de Male- barre , terre des Armouchiquois en danger de nous perdre,fi ce n’eft que nous voulions tenir la mer: mais ce faifant nous ne reconoitrons point les peuples fur le fujet defquels nous- nous fommes mis fur lç grand Océan . Re- tournons donc en la Floride, car j’enten que depuis notre départ le Roy y a envoyé gens pour y drclfer des habitations#: colonies Fran- çoifes,
Iaçoit donc que félon l’ordre du temps il feroit convenable de rapporter iciles voyages du Capitainelaques Quartier, toutefois il me femble meilleur de côtinuer ici tout d’vne fui- * te le difeours delaFloride, &r montrer comme noz Fiaçois y envoyez de par le Roy l’ont pre- miers habitée, & ont traité alliance & amitié avec les Capitaines & Chefs d’icelle. ij6 1. En l’an mille cinq censfoixante deux l’Admi-
ralde Chatillon Seigneur de louable memoi- ra , mais qui s’enveloppa trop avant aux partia- litez delà Religion, defireux de l’honneur de laFrancefit en forte enversle jeune Roy Char- les IX. porté de lui-nîéme â chofes hautes, qu’il trouva bon d’envoyer nombre de gens à la Floride pour lors encores inhabitée des roy.i?e Chrétiens, afin d'y établir le nom de Dieu fouz Je ita» fon auçhorité, De cette expédition fut ordon- %JUut né cheflean Ribaut homme grave & fortex- en U perimenté en l’art de la marine, lequel apres floride, avoir reccule commandement du Royfemiç
be la Nôvveiiï-Francb. 4* LrvJ* en merle 18. de Février accompagné de deux Roberges qui lui auoient efté fournies, 8c dVn bô nombre degenûlhommes, ouvriers 8c fol- dats.Ayantdoncnavigé deux mois il prit port en la Nouvelle France terrifiant près vnCap, ou promontoire, non relevé de terre, pour-ce que la côte eft toute plate (ainfi que nousavos veucideflus en la defeription du voyage de Jean V'erazzan ) & appella ce Cap le Cap Fran- C4pPMn?t pis enrhonneur de nôtre France. Ce Cap di- p#. ftânt de l’Equateur d’environ trente degrez.
Decelieulaiffantla côte de la Floride qui fe recourbe directement au Midi vers File de Cu- ba finiflant comme en pointe triangulaire, il cotoyaversle Septentrion, ou pluftotNordeft,
&dans peu de temps découvrit vne fort belle Scgrande riviere, laquelle il voulut reconoitre,
8c arrivé au bord d’icelle le peuple îc receut Réception avec bon accuef!, lui faifaf$ prefens de peaux de chamois : 8c là non loin de l’embouchure de ladite riviere,il fit planter dans la riviere me- mevne colomne de pierre de taillefur vn côtau de France de terre fabloneufe en laquelle les arm oiries de plantées France étoient empreintes & gravées. Et en*? ^ans
, r • i r ftvteredé
trant plus avant pour reconoitre le pais il Parte- ^ en ^ ta de l’autre côté d’icelle riviere, où ayant mis Flonàe , pied à terre pour prier Dieu 8c lui rendre grâ- ces, ce peuple euidoitque les François adoraf- fentle Soleil, par-ce qu'en priant ilz drdTbient la veué vers le ciel. Le Capitaine des Indiens Prerens de ce côté de lariviere ( que Wiiftorien de ce desindüs voyage appclleRoy) fit presétauditRibautd’vn auxFran- panache d’aigrette, teint en rouge, d’vn panier f0**'
44 Histoire
fait avec des palmites tiflu fort artificiellement»
5c d’vne grande peau figurée par tout de divers animaux fauvages fi vivement reprefentés &: Trcfem pourtraits que tien n y reftoit que la vie.LeCa- duCapi- pitaine François en réciproque lui bailla des taine Pec^s brailelet^ d’étain argentez, vne ferpe > vn j> liant miroir3& des couteanx,dont il fut fort contét. aux In- Et au contraire corrifté du départ des François, diens* lefquels à l’adieu ilz chargèrent de grande quâr I tité depoiffons. De-là traverfansla riviere ces peuples fe mettaient jufques aux aiflfellespour recevoir les nôtres avec prefens de mil & meu- res blanches 5c rouges,& pour les portera ter- re.Là ils allèrent voit le Roy(que j’aime mioux nommer Capitaine) de ces Indiens , lequel ilz trouvèrent affis fur vne ramée decedres& de lauriers,ayant près de foy fes deux fils beaux 5c puiffans au poffible, 5c environné d’vne trou- pe dlndiens3qui to#s a voient l’are en main 5c latroufle pleine de fléchés fur le dos merveil- Fers à leufementbien en conche. En cette terre il y a fye,
grande quâtité de vers à foye , à caufc des meu- tiers. Etpour-ceque noz gens y arrivèrent le premier jour d e May,la rivière fut nommée du nom de ce mois.
-seine. De là pourfuivansleur route ilz trouvèrent vne autre riviere laquelle ilz nommèrent Seine pour la relTcmblance qu’elle a avec nôtre Sei- ne.Et pailans outre vers leNord- eft trouvèrent Somme, encor vne autre riviere qu’iiz nemmerét Som~ me,là où il y avoit vn Capitaine non moins af- fable queles autres. Et plus outre encore vne autre qu’ilz nommèrent LoireoEç çonfcquetiv;
Î3 E là Novvellê-Franch. 4j Liv. î. ment cinq autres aufqu elles ils impoferentles cbennu. noms de noz rivières deCherente, Garonne,& '
Gironde, 8c les deux autres ilz lesappellerent Bejie9 Belle, &Grande,toutes ces neuf rivières enfef- Grande* pace de foixantelieués,lesnoms defquellesies Hefpagnols ont changés en leurs Tables géo- graphiques: & fi quelques-vnesfe trou vent ou ces noms foient exprimés nous devons cela auxHolandois.
Or d’autant que celui qui eft en plein drap choifît où il veut, auffinoz François trou vans toute cette côte inhabitée de Chrétiens ilz de- firerent fe loger à plaifir , 8c paflans outre tou- jours vers le Nordeft trouvèrent vne plus belle & grande riviere , laquelle ilz penfoient eftre celle de Iordan, dont ils eftoientfortdefireux, lordaU» & paraventure eft cette-ciméme ^car elle eft yne des belles qui foit en toute cette vniver- ielle coteXa profondité y eft telle, nommémét quand la mer commence à fluér dedans , que les plus grans vaifleaux de France, voire les ca- raquesde Venife y pourroient entrer. Ainfiilz mouillèrent l’ancre à dix brades d’eau ,& ap- pellerentcelieu 8c la rivière même Le Port port Royal. Pour la qualité delà terre il ne fe peut j \^oyd~ lien voir de plus beau, car elle cftoit toute cou- chênes , terte déliants chenes & cedres en infinité Cedres .
au défias d’iceux de létifques de fi fuave odeur, Lentip que cela feuirendoit lelieu defirable. Etche- ques. minans à trauers les ramées ilz ne voioient au- tre chofe que poules d’Indes s’envoler parles Poules forets, & perdris grifes 8c rouges quelque peu d'inde* differentes des nôtres , niais principalement en Perdrix
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lArtnes deFrnn ce pofées en vne iie.
Ld con- dition des peu- ples de deçà plus mi- jerable ejne celle des In- diens.
46 Histoire
grandeur.Ils entendoientauflï des cerfs brofîer parmi les bois,des ours, loup-cerviers,leopars, 3c autres efpeces d’animaux à nous inconus. Q uant à la pechcrie vn coup de faine eftoit fuf- fifant pour nourrir vn iour entier tout 1* équipa- ge.Cette riviere eftà fon embouchement lar- ge de cap en cap de trois lieues Françoifes. Hz pénétrèrent fort avant das cette riviere, laquel- le a plufieurs bras, & trouvèrent force Indiens, lefquels du commencement fuioient à leur ve- nue,mais parapres furent bien-tot apprivoi- fez , fe faifans des prefens les vns aux autres >8c vouloient ces peuples les retenir avec eux,leur promettans merveilles. En vndes bras de cet- te riviere trouvans lieu propre ilz plantèrent en vne petite ile vne borne où eftoient gra- ciées les armes de France. Au refie ces peu- ples là font fi heureux en leur façon de vivre, qu’ilznela voudroient pas quitter pour la nô- tre,fentens des hommes aifés. Et en cela eftia condition du menu peuple de deçà bienmife- rable (ielaifle à part le point de la religion^ qu’ilz n’ont rien qu’avec vne incroyable pei- ne 3c travail, 3c ceux-là ont abondance de tout ce qui leur eft neceflaire à vivre. Que s’ilz ne font habillez de velours 3c de fatin , la félicité ne git point en cela, ainsie diray que la cupi- dité de telles chofes , 3c autres fuperfluitez que nous voulons avoir , font les bourreaux denôtrevie. Car pour parvenir à ces chofes, celui qui n’a fon diner preft , a befoin de mer- veilleux artifices , efquelsbien fouventla con- fidence demeure interelTée. Mais encore cha-
i> e la Novveil e-F r a n c g. 47 Lxv«X Cün n a-il point ces artifices,tels qu’ilz font : tel a envie de travailler qui ne trouve pas à quoy s’occuper: &: tel travaille à qui fon labeur eft ingrat : &c de là mille pauvretés entre nous. Et entre ces peuples tous font riches s’ils avoient lagracede Dieu* caria vrayerichdfe ceft d'a- voir côtentement La terre &c la mer leur don- nent abondament ce qu’il leur faut,ilz en vfenc fans rechercher les façons de deguifer les vian- des,^ tant de faulfes qui bien fouvent coûtent plus que le poiffon Et pour les avoir fe faut dô- ner de la peine* Que s#ilz n’ont tant d’appareils que nous,ilz peuvét dire d’autre part que nous n’avons point libre la chalîe du cerf côme eux, nid€seturgeons,faumons,& mille au très poif* fonsà foifon.
Noz François carefferent fort long temps deux jeunes lndiés pour les ammener en Fran- ce ôc les prefenter àlaRoyne , fuivant le com- mandement qu’ils en avoient eu, mais il ny eut moyen de les retenir, ains fe fàuverent fans emporter les habits qui leur avoient efté don- nés. Au temps de Charles V. Empereur, les Hefpagnols habitans defainft Domingue eii attirerét cauceleufement quelques vns de cette côte , jufques au nombre de quarante pour tra* vaillerà leurs mines, mais ilz n’en eurent point le fruit qu’ils en attendoient, car ilzfe laide- rent mourir de faim eiccpté vn qui fut mené à l’Empereur, lequel il fit peu apres baptifer,&lui donnafonnom.Etparce quecetlndien parloit toujours de fon Seigneur ( ou Roy) chiquoU , il fut nommé Charles de chiqttoL, Ce chiquai a
4§ Histoirs
eftoit vn des plus grans Capitaines de cette contrée, habitant avant dans les terres envne ville,ou grand enclos, où il y avoitde fort bel- les & hautes maifons.
Orle Capitaine Ribautapres avoir bien re- coneu cette riviere, defireux de l'habiter il af- femblafes gensaufquels il fit vne longue ha- rangue pour les encourager à ferefoudre à cet- te demeure , leur remontrant combien ce leur feroit chofe honorable à tout jamais d avoir entrepris vne chofe fi belle, quoy que difficile. Enquoy il n'oublia à leur propofer les exéplcs de ceux qui de bas lieu eftoient parvenus à des X chofesgrandes,cômederEmpereurÆliePer- fereur tinax, lequel eftant fils d vn cordonnier ne de- Terti- daigna de publier la baflefîe de fon extiaéhon, fiaxfls ains pour exciter les homes de courage, qucy dvncor quepaüvres5àbiéefperer, fitrecouvrirlabou- donmer > tique de fon pere dVn mar bre bien èlabouré. ^/Cgdto- Aufîî du vaillant 8c redouté Agatocles , lequel eftant fils dVn potier de terre, fut depuis Roy deSiciIe,&: parmi les vailfelles d'or & d'argent fe faifoitauflifervir de poterie de terre en me- j^ujlen nioire de la condition de fon pere. De Rufteri iïdfcha. Bafcha, de quilepere eftoit vacher, & toute- fois par fa valeur 3c vertu parvint à tel degré qu’il époufala fille du Grâd Seigneur fon Prin- ce. A peine eut-il achevé fon propos, que la plufpartdesfoldatsrefpôdirét qu’vn plus grâd heur ne leur pourroit avenir,que de faire chofe qui deuft reuffir au contentement du R oy, & à raccroifiement de leur honneur. Suppliansle Capitaine avant que partir de ce lieu leur bâtir
!
i)E t A Nôvve lie-France. ^ Lrv-L Vnfort,ou y donner commencement, & leur laifler munitions neceflaires pour leur defenfè.
Et ja leur tardoit que cela ne fût fait.
Le Capitaine les voyant en fi bonne volon- té, en fut Fort rej ouï, & choifit yn lieu au Se- ptentrion de cette riviere le plus propre & co- mode & au contentement de ceux qui y de- Voiét habiter , qu*il fut pofïîble de trouver. Ce fut vne ile qui finit en pointe verls l'embouchu- re dicelle riviere, dâs laquelle ile entre vne au- tre petite riviere, laquelle neantmoins eftafiez profonde pour y retirer galeres & galiiotes en affez bon nombre: &pourfuivâtplus avant au long de cette ile , il trouva vn lieu fort explané joignant le bord dicelle,auquel il defeendit, &z premje y bâtit la forterefle, laquelle il garnit de vivres * ^
Sc rriunitiôs de guerre pour la defenfe de la pîa* -v ^ ce.Puis les ayant accômodé de tout ce qui leur Nollvep eftoitbefoin,refolutde prendre congé d'eux. / _ - Mais avant que partir, appellant le Capitaine Albert(lequelil laifloit comme chef en ce lieu)
Capitaine Albert ( dit- il) ïay à vom prier en prejen- Exhor- te de tom que vom ayés a vom acquitter Ji figement de dation dit votre devoir , Cr fi modefiement gouverner la petite Capital- troupe que ie vous laijfe(i\z n'eft oient que quarâte) ne K}- laquelle défi grande gaieté demeure fiouz^ votre obéi fi haut» fànceyque iamaisie nayeoccafion que de vom louer, ne taire ( comme ï en ay bonne envie ) devant le F^oy le fidele fervtce qnen laprefinc? de nom tom lui promet - tez^faire en fi Nouvelle France . Et vom compagnons (dit-il aux foldats )ye vom fiipphc aufit reccnoitrele Capitaine Albert comme fi cefioit moy-méme qui de - tnenraftfiiy rendant obeijfance telle que le vray foldat
1 • D
jo Histoire
doit faire h fort chefcr Capitaine ^vivant en fraterni- téles vns avec les autres , fans aucune dijfenjion cefaifant Dieu vous afajlera cr lemra vos entre ~
frifes.
Retour du Capitaine lean Fjhaut en France: Con- fédération des François aue clés chefs des Indiens : Fefles diceux Indiens : Ne ce fa té de vivre des F ran- çons: Court oifie des Indiens : Diuifion des François: Mort du Capitaine Albert.
Ch ap. VI.
ECapitaineRibaut ayant fini fon proposai impofa auF ort des Frâ- cois le nom deC h a r le-Fort* en Fhôncur du Roy Charles, & à la petite rivière celui deChenon- ceau.Et prenât congé de tousil fe retira avec fa troupe dans fes vaifleaux. Lelendemain leuant les voiles , il falua les Frinçois Floridiens de maintes canonades pour leur dire adieu,eux de leur part ne f oublièrent à rendre la pareille.
Les voila donc à la voile tiransversle Nor- deft pour découvrir davantage la côte, & à quinze lieues du Port Royal trouvèrent vne riviete,laquelle ayans reconeu n’avoir que de-- mie brade d’eau en fon plus profond , ilzlap- Fjviere pellerent la Riviere balfe. Là ilz fe trouvèrent baffe. en peine,& ne fçavoient que faire ne trouvans que u x, cinq, quatre, & trois brades d’eau , en- Fattu- cores fufient fix lieues en mer. Mettans
donc les voiles bas le Capitaine prit confeildc
i>È LA NoÿVËLlE-FrAK CB. jfl LîV. î 4 ce qu’ils auroientà faire , ou depourfuivre la découverte , ou de fe mettre en mer par le Le- vant, attendu qu’il auoit de certain reconeu* meme bille des François qui fâ poffedoientla terre.Lesvnsluidirentqu’ilsavoient ôccafion de fe contenter veu qu’il ne poli voit faire da- vantagefluy remettans devant lesieux qu’il a-^ voit reconeu en fix fepmaines plus quelesHef pagnols n’avoient fait en deux ans de conque- ftes deleur Nouvelle Hefpagne : & que ce le- roit vngrâdferviceau Roy s’il lui portoitnou* vellesenlî peu de temps de fonhedreufe de^ couverte. D’autres lui propoferent la perte 3c degaftdefes vivres,& d’ailleurs l’inconvénient quipourroit avenir pour le peu d’eau qui fe trouvoitdejourlelong delà cote.Ce que bien débattu il fe refolut de quitter cette route , & jîrrwee prendre la partie Orientale pour retourner en Frac» droit en France,en laquelle il arriva le vingtiè- me de Iuillet,mil cinq cens foixante deux.
Cependant le Capitaine Albert , s'étudia de fairedesailiances&: confédérations avec les Confede -* Faracoufiis (ou Capitaines) dupaïsrentre autres rations avec vn nommé Audujla, par lequel il eut la dd^ conoiflance & amitié de quatre autres, ica» ces . voir Mdyon,Hojd,T ouppa, $taldmcy lefquels il vifita & s’honorèrent les vns les autres par mu- tuels prefens.La demeure dudit stalame eftoit diftâte de Charle-fort de quinze grandes lieues àlapartie Septentrionale de la riviere: &pouc confirmation d’amitié,il bailla audit Capitaine Albert fon arc & fes fléchés & quelques peaux de chamois. Pour le regard d^udujta l’amitié
D ij
Fétidité
Toja.
îoandff aux qui Jont com- me les Prêtres des Flo~ fidiens.
jz Histoire
eftoit fi grade entre eux qu’il ne faifoit ny cn- treprenoit rien degrandfansle confeildenoz Frauçois. Memes il les invitait aux fêtes qu’ilz celebrét par certaines faifons.Entre lelquclles y en a vne qu’ils appellét Toya, où ilz for des cere monies étrâges.Le peuple f aflémble en la mai- fon(ou cabanne j du Paraoufii, & apres qu’ils fe font peints & emplumez de diverfes couleurs ils facheminent au lieu du Toya,cpn eft vne gra- de place ronde,là où eftans arrivez ilz ferâgent en ordonnance, puis trois autres furviennent peints d’autre façon , aians chacun vne tabou- rafle au poing, lefquels entrent au milieu du rond danfans & chantas lamentablement,eftâs fuivis des autres qui leur repodent. Apres trois tournoyemens faits de cette façon ilz fe pren- nent à courir comme chevaux débridez parmi l’épais des forets.Là deflus lesfemmes cômen- cent à pleurer & i otinuent toutlelongdujour fi lamentablement que rien plus: & en telle fu- rie elles empoignentles bras des ieunes filles, le fqu elles elles découpent cruellemét avec des écaillés de moules bien aigües,fi bié quelle fang en découlé, lequel elles iettent en l’air , s’ecriâs: He Toya par trois fois. Les trois qui cômencent la fête font nommez Ioanas: 8i font comme les Prêtres &facrificateursdesFloridiss, aufquels ils adjoutent foy & creance , en partie pour au- tant que derace ilz font ordônez aux factifices, & en partie auifi pour autant qu’ilz font fi fub- tils magiciens, que toute chofe égarée efl incô tinent recouvrée parleur moyé. Or ne font ilz reverez feulement pour ces chofes, maisauflï
DE LA NOVVEL LE-FrANCE. jTj LlV. T* pour autant que par ie ne fçay quelle fcience Ôc çonoiflance qu’ils ont des herbes ilz gueriflent les maladies,
En toute nation du monde la Pretrife a tou- jours efté reverée, & ce d autant plus que ceux de cette qualité font côme les médiateurs d’é- rit^e i4 tre Dieuf ou ce quon eftime eftre Dieu ) & les prefrfi9 hommes. Au moyen dequoy ils ont fouvent poflédé le peuple^ alfujettis les âmes à leur de- votion^&fouz cette couleur fe fontauthorifés en beaucoup de lieux par defïus la raifon. Ce qoiaemeu plufieurs Rois tk Empereurs d’en- vier cette dignité , reconoilîâns que cela pou - voit beaucoup fervir à la manutention de leur état.Celuiauflïqui peut reveler les chofes ab- pes fentes pour lefquelies nous fommes en peine vins. non fans caufe eft honoré de nous,& principa- lement quand avec ceci il a la conoifîance des chofes propres à la guerifon de no z corps,cho* ^ ^ ^ fe merveilleufemét puilfante pour acquérir du ^ J crédit &authorité entre les hommes,: ce que l'Ecriture fainfte a remarqué quand elle a dit parla bouche du Sage fils deSirach: Honorele Médecin de l’hmneur qui lui appartient poulie befoin que tu en m : La fcience du Médecin lui fait lever te'rc, & le rend admirable entre les Princes.
Ces Prêtres donc,ou plutotDevinsftels que font enlaNouvelle France, province desSou- riquois où nous avops habité , ceux quiceux Souriquois appellent ^/foutmoins jqui s'en font ainfi fuis par les bois retournent deux jours apres:puis eftansarrivezdlz cômécentà danfer dVnegayeté de courage tout au [beau milieu
D iij
Port Pjoyal en U terre dtt four de Pou- trin-
mrh
54 Histoire
delà place, & à rejouïr les bons peres Indiens, quipourleur vieilllefle ouindifpofitiô ne font appelles à la fefte;puis fe mettent à banqueter, mais ç eft d’vne avidité fi grande, qu’ils fembléc plutôt devorer que manger.Or çes Ioancu du- rant les deux jours qu’ils font ainfi par les bois fontdes invo cations à Toja ( qui eftîe démon qu’ilz confultent ) 3c par chara&eres magi- ques le font venir pour parler à lui, 3c lui de- mander plufieurs chofes félon que leurs affai- res le défirent. A cette fefte furent noz Fran- çois invitez, comme auffi au banquet.
Mais apres fi en eftant retournés à Charle- forr,ie ne trouve point à quoy ilz s’occupoiét: &j’ofe bien croire qu’ils firent bonne chere' tant que leurs vivres durèrent fans fe foucier du lendemain, ny de cultiver & enfemencer la terre, ce qu’ilz ne dévoient obmettre puis que c’eftoit l’intention du Roy de faire habiter îa province,& qu’ils y eftoient demeurez pour çeç effed, Le fieur de Poutrincourt c-n fit tout autrement en notre voyage. Car désielende- main que nous fumes arrivés au Port Royal (Fort qui ne cede à l’autre , duquel nous avons parlé en tout ce qui peut eftre du contente- ment des yeux ) il employa fes ouvriers à cela, comme nous dirons en fon lieu , 3c print gar- de aux vivres de telle façon que le pain ni le vin n’a jamais manqué à perfonne,ains avions dix banques de farines de refte, 3c du vinau- t#iit qu’il nous falloir , voire encore plus; mais ceux qui nous vindrent quérir nous ai- dant bien à te bpirç au lieu de nous appot*
V
de ia No v y eue- France." $$ ï-iv.IJ ter du foulagement. .
Noz François doneques de Charle-fort Nece(^l foit faute de prévoyance , ou autrement , au m
bout de quelque temps fe trouvèrent courts ^ j , 1 « r r • i»- vtesen *
de vivres, oc rurent contraints d importuner^ ^ J
leurs voifins , lefquels fe depouillerent pour Franm eux, fe refervans feulement les grains nccef- • J faires pour enlemencer leurs champs,ce qu’ils* font enuiron le mois de Mars. En quoy ie cônjedure que dés lemois delanvierilz na- voyent plus rien. Ceft pourquoy les Indiens leur donnèrent avis de fe retirer par les bois 8c de vivre de glans de de racines , en atten- dant la moiiïon. Hz leur donnèrent auflîavis d'aller vers les terres dVn puiiïant & redouté Capitainenommé Covecxis, lequel demeuroit plus loin en la partie méridionale abondante en toutes faifons en mil , farines , & fèves: di- fans que par le fecours de cetui-ci 8c defon frè- re Ovide auffi grand Capitaine, iîz pourroient avoir des vivres pour vn fort long temps, 8c feroient bien aifes de les voir & prendre co» noiflànce à eux. Noz François prêtiez ja de neceffité acceptèrent Ta vis, 8c avec vne gui- de fe mirent en mer , 8c trouvèrent Ovadé à vingt cinq lieues de Charle-fort en la riviere Belle , lequel en fon langage lui témoigna le grand plaiftr qu il avoir de les voir là venuz* proteftant leur eftre fi loyal amy à l’avenir, que contre tous ceux qui leur voudroient eftre en- nemis il leur feroit fidele defenfeur. Sa niaifon cftoit tapiffée de plumalTerie de diverfescou- leurs de la hauteur d’ynepicque, &leti<5fcdu-
11,1 '«
jé Histoire
dit ouadé couvert de blanches couvertures tifc jfuës en compartimens d’ingenieux artifice , ÔC frangez toutà-lentour dvne frange teinte en couleur d'écarlate. Là ils expoferenc leur ne- ceffité3à laquelle fut incontinent pourveu par le Capitaine Indien,lequel auflileurfitprefent defix pièces de fes tapitferies telles que nous avons dites. Enrecompenfe dequoy les Fran- çois luy baillèrent quelques ferpes & autres rnarchandifes:& f en retournèrent. Mais com- me ils penfoicnt eftre à leur aife, voici que de nuit le feu aidé du vent fe print à leurs mai- fons d’vne telle âpreté, que tout y fut confom- Xxfeftre méfors quelque peu de munitions. En cette defeu. extrémité les Indiens ayans pitié d'eux les aidè- rent de courage à rebâtir vne autre maifon , 8ç pour les vivres ils eurent recours vne autre fois au Capitaine ouadé, & encores à fon frcre Co- vecxif,, vers lefquels ils allèrent & leur racon- tèrent le defaftre qui les avoit ruiné,quepour çette çaufeilzlesfupplioient de leur fubvenir en ce befoin. Ilz ne furent trompez de leur at- tente. Car ces bonnes gens fort libéralement leur départirent de ce qu’ils avoient , avec pro- mellë de plus fi cela ne fuffifoit. Prefensaufli ne manquèrent dVnc part & d’autre : mais ouadé bailla à noz François nombre de perles belles au poflible , delà mine d'argent, & deux pierresde fin criftal que ces peuples foinfient au pied de certaines hautesmôtaighe$,qui font à dix journées delà. A tant les François fe dé- partent & retirent en leur Fort. Mais le tnabhçur voulut que ceux qui n avoient peu,
j> E LA NoVVEUE-FhANCE. J7 tïYj^ çftre domtez pair les eaux, ni par le feu,lc fu- ient par eux-mémes. Car la divifion Te mit en- Din'tjl% tr’-euxàl’occafion delà rudetfe ou cruauté de leur Capitaine, lequel pendit lui-méme vnde Fraçois. fes foldats fur vnafléz maigre fujet. F t comme CruaHtm il menaçoit les autres de châtiment ( qutpa~ff/^ raventureneluy obeïlîoient , Sc il eft bien à Capta^ croire ) Sc mettoit quelquefois fes mena- ne çes à execution , la mutinerie s’enflamma fi avant entr’-eux,qu*ilz le firent mourir. Et qui leur en donnala principale occafion , ce fut le degradement d’armes qu'il fit àvn autre fol» dat qu’il avoir envoyé en exil , ôc lui avoit manqué de promeffe.CariUui devoit envoyer des viures de huit en huit jours , ce qu’il ne fai— foitpas , mais au contraire difoit quilferoit bien aife d’entendre fa mort. Il difoit davan- tage quil en vouloit châtier encore d’autres,
Sc vfoit de langage fi mal fonnant , que 1 hon- nêteté defend de le reciter* Les foldats qui voy oient fes furies s’augmenter de jour en jour, & craignans de tomber aux dangers des premiers , le refolurent à ce que nous avons dit, qui eft de le faire mourir.
Vn Capitaine quia la conduite d un nom*3* bre d’hommes, & principalement volontai- reSjComme eftoient ceux-ci, Sc en Vn pais tant éloigné, doitvfer de beaucoup de difcretion,&: ne point prendre au pié levé tout ce qui fe paf- fe entre foldats , qui d eux-mémes aimentla gloire & le point d’honneur . Et ne doit point aulll tellement fe devetir d’amis , qu’en vnc tro upe il n’en ait la meilleure partie à Con corn-
Zefteur dePon- trin - court .
Au hvm de la C le* mence ,
EÏeÛion d’ü nou- veauCa- pitaine.
$8 Histoire
mandement, & fur tout ceux qui font de mife. Ildoitaufli confidererque la confervation defes gens c’eft faforce,& le dépeuplement fa ruine.Ie puis dire du fieur de Pontrincourt ( 8c ce fans flatterie ) qu’en tout notre voyage il n’a jamaisfrappé pas vn des tiens, & fi quelqu’vn avoit failli il faifoit tellement femblant de le frapper quil lui bailloit loifir d'évader. Et neantmoins la correction eft quelquefois ne- ceffaire, mais nous ne voyons point que par la multitude des fupplices le monde fe foit ja- mais amendé. Ceft pourquoy Seneque difoit que le plus beau & le plus digne ornement d’vn Prince eftoit cette corone,PovR avoir
CONSERVü’ LES CITOYENS.
Election d’vn Capitaine an heu du Capitaine lert> Difficulté' de retourner en France faute de na~ vire: Secours des Indiens lddef[us:Fjtour:Etran~ ge cr cruelle famine: Ribord en Angleterre.
Ch ap. VIL
JE defTein denoz mutins exécuté j ilz retournèrent quérir lefoldat f exilé qui eftoit en vue petite ile , diftante de Charle fort de trois lieuésjà où ilzle treuuerent à de- mi-mort de faim. Or eftans de retour ilz s’afi- femblerent tous pour élire vn chef fur eux. Ce qu'il z firent ; 8c fut nommé pour Capitaine Nicolas Barré, homme digne décommandé-
de la No vvm e-F ran ce. j9 Liv. I. ment , & qui véquit en bonne concor- de avec eux. Cependant ilz commencèrent à bâtir vn peti c bergantin en efperance de repaC- fir en France, s’il ne leur venoit fecours , corne ils attendoient de jour en jour.Et encores quil n'y euft homme qui entendit Fart, toütefoisla neceffité qui apprend toutes chofeSjleur en montra les mo y ens. Mais ceft peu de choie d'avoir du bois afièmblé en cas de vaifleaux de mer. Car il y faut vnfi grand attirail,que la ftru- éluredu bois ne femble qu’vne petite partie.
Hz n'avoient ni cordages, ni voiles , ni dequoy calfeutrer leur vaiffeau, ni moyen d'en recou-
vrer. NeantmoinsenfinDieuy proveut. Car comme ils eftoient en cette perplexité , voici veniï*Akduft48cMacoH\?rinces Indien$,accom« pagnés de cent hommes, qui fur la plainte des François promirent de retourner dans deux jours,& apporter fi bonne quantité de corda- Honete « ges , qu’il y en auroit fuffifamment pour en te desin* fournir le bergantin. Cependant nosFrançois àiem% allèrent par les boisrecuillir tant qu'ils peurét dégommés de fapins dont ilz brayerent leur vaifieau. Ilsfefervirent aufli de moulles d'ar- bres pour le calage ou calfeutrage. Quant aux voilesilsen firent de leurs chemifes 6c draps
de lit. Les Indiens ne manquèrent point à leur promefie. Ce qui contenta tant les François qu'ils leurlaifferent à l'abandon ce qui leurrc- ftoit de marchandifes.Le bergantin achevé,ilz fe mettent en mer allez mal pourveuz de vi-
vres, & partât inconfiderémét,attendulalon- mer?f . gueur du voyage & ksgrâs accidés quipeuvét Fraim*
Etran- \
yivm.
6o Histoire
furvenir en vne fi fpacieufe mer. Car ayans tant feulement fait le tiers de leur chemin,ilz furent furpris de calmes fi ennuieux quen trois fe- maines ilz n avancèrent pas de vingt-cinq lieues. Pendant ce tempsles vivres fe diminuè- rent & vindrent à telle petiteffe , qu’ilz furent contraints ne manger que chacun douze grains de mil par jour , qui font environ delà valeur de douze pois : encore tel heur ne ^ leurdura-fi gueres:car tout à couples vivres eneceh ^eur > & n’eurent plus afleuré re-
%Yde GOurs <Iu’auX fouliers & colets de cuir qu’ils 4 ^ mangerenr.Quantauboiredes vnsfefervoiét
deTeau de la mer, les autres de leur vrine ; & demeurèrent en telle neceffité vn fort long temps, durant lequel vne partie mourut de faim. D’ailleurs leur vaiiïeau faifont eau , de étoientbien empêchés à l’étancher , même- ment la mer eftant emeue , comme elle fut beaucoup de fois , fi bien que comme defef- perésilzlaiiïoient là tout, 8c quelquefois re? pren oient vn peu de courage. En fin au der- nier defefpoir quelques-virs d’entr-eux pro* poferent qu’il étoit plus çxpedient qu vnfeul mouruft,que tant de gens perilîent : fuivant quoy ils arrêtèrent que Tvn mourroit pour fu- ftentecles autres. Ce qui fut exécuté en la per- sonne de Lachere , celui qui avoit efté envoyé en exil parle Capitaine Albert, la çhair duquel fut départie également entt -eux tous ; chofe fi horrible à reciter, que la plume m’en tombe des mains. Aprestant de travaux en fin ilzde-. çouvrirent la terre , dont ilz furent tellement
$E IA No VVEIt E-FrANCH. ëlLlŸ* L réjouis, que le plaifir les fie demeurer vn long- temps comme infenfez , laillans errer le ber- gantin ça & là fans conduite. Mais vnepetite Roberge Anglefque aborda le vaificau, en la- quelle y av oit vn Fiançois qui eftoit allé Tan precedent en la Nouvelle-France , avec le Ca-*; ' ^ pitainc Ribaut. Ce François les reconut parla à eux , puis leur fit donner à manger & ^ ^ ÿ boire. Incontinent ilz reprindr ent leurs riatu- - rels efprits,6c lui difeoururent au long leur na- * vigation. Les Anglois confulterent long- temps de ce qu ilz dévoient faire. En fin ilz re- folurent de mettre les plus debiles en terre*
& mener le relie vers la Roine d’Angle- terre.
De vérité ce fut manquer defoy , & vne in- humanité foit au Capitaine Ribaut,foità celui quil’avoit envoyé, de n’avoir autre foin de ces gens ciySc les lailfer fans fecours de vivres , ni de vailîeau pour retourner. C’eft choie quon doit principalement defirer en voyages fi guette lointains d’avoir vn cheval à l’étable furlequel ajfeurœ* onfepuifle affeurer,arrivant quelque chang z~Ce dû- ment en vnEtat,ou accident enla mer. Vray-^ pr eft que nous n étions guereen meilleure con-^r<rr^$ dition que ceux-ci au voyage que nous avons ^ jè fait au-deça de la Floride: mais encore avion s-mçttent nous des barques pour en vnbefoin aller cher- en long cher les navires François quifont leurs peche- voyage- ries du long de noz côtes , & leur demander le pallàge en Fiance en leur payant la voiture. Et TeS'ieHr neantmoinsle fieur de Mons qui n’eft point Admirai n’a oneques manqué à fa promefle
6t Histoire
depuis fes entreprifes , ains a continuellement envoie quelque navire pour rcchâger ceux qui étoient allez fouz Ton aveu en fon gouverne- ment de la Nouvelle France.Fn quoy, comme en autres chofes,il eft loüable,n’ay ât rien épar- gné à ce qui pouvoit fervir à l'établilïement d'vne province Chrétienne & Françoife.
Voyage du Capitaine Laudonniere en la Floride dite v Nouvelle France:S on arrivée a /7/e de fainEl Do - miniqueipuàs en ladite province de la Floride:Grad âge des F loridiens:Honnefieté d*iceux : Bajliment de laforterejfedes François*
Chap. VIII.
V a n d le Capitaine Iean Ribaut arriva en France il y trouva les guerres civiles allumées , lefquel- les furent caufe en partie que les François ne furent fecourusainfî qu'illeur avoitefté promis, que le Capitaine Albert fut tué , & le pais abandonné. La paix faite ,l'Admiral de Chitillon, qui ne s’eftoit fouvenu de fes gens tandis qu'il faifoit la guer- re à fon Prince, en parla au Roy au bout de Trois deux ans, lui remontrant qu'on nenavoitau- vaif cune nouvelle, & que ceferoi.t dommage de féaux les lailler perdre. A caufe dequoi fa Majefté f ourle lui accorda de faire equipper trois vaiiïeaux, voyage l’vn de fix vingts tonneaux,î'autre de centjl'au- dela Flo tre de foixante pour les aller chercher & fecou- ride. rir,mais il en eftoit bien tard.
DE IA NoWEllE-F RANCE. 6$ LlV.L Le Capitaine Laudonniere Gentilhomme Poitevin eut la charge de ces trois navires , & 1564. fit voiles du havre de Grâce le vingt-deuxicme Avril mil cinq cens foixante quatre, droit vers les iles Fortunées, dites maintenant Canaries, entVne defquelles appelléc Teneriffé, autremét Tenerif- le Pic, y a vnechofe emerveillable digne d’eftre/e mon- couchée icipar écrit. C’eftvne montagne au tagne milieu d’icelle laquelle eft fi excefiivemët hau- emer- te queplufieurs afferment lavoir veu de cin- vetlU- quante à foixante lieues loin. Elle eflpreque femblable à celle d’Etna , jettant des flammes comme le mont Gibcl en Sicile, & va droit cômevn pic,& au haut d’icelle on ne peut aller finon depuis la mi-May jufques à la mi-Aouft àcaufe delà trop vehemente froidure: choie d’autant plus émeryeiilable qu elle n eft diftan- te de l'Equateur que de vingt-fept degrez & demi Mefmeily a desnegesencoresau mois • *
deMay,àraifondequoySolin l’a appellée iv/« varia, comme qui diroitl’ileNegeufe. Quel- ques-vns penfent que cette montagne ftnt ce que les anciens ont appelle le mont d Atlas, d’où la mer Atlantique a pris fon nom.
Delà par vn vent favorable en quinze saitift jours noz François vindrent aux Antilles, puis Vomi - à faind Dominique, qui eft vne des plus bel - ni fie, les iles de l’Occident, fort montagneufe, & dallez bonne odeur. Sur la côte de cette ile deux Indiens voulans aborder les François, l’vn eut peur & s’enfuit, l’autre fut arreté, & en cette forte ne fçavoit quelgefte tenir tant il eftoit épouvanté , cuidant eftre entre les
è\ Histoire
crndutt mains des Hefpagnols^qui autrefois lui avoiét &efpd- coupé les genitoires, comme il montroit. En cnole fintoutef°ls ü s’afleura , &lui bvilla-onvnc Idloupt chemifc,& quelques petitsjoyaux.Ce peuple des In- jal°uxne veut qu on approche de leurs caba- jlfau nes,& tuerent vn François pour s’en eftre trop approché. La vengeance n’en fut point faite pour trop de coniiderations,lefquelles les He« fpagnolsnepouvans avoir , ont quelquefois efté paraventure induits aux cruau&ez qu’ilz ontcommifes. Vray-eft qu’elles ont eftêex- ceffïves,& dautarit-plus abominables qu’elles ont parvenu jufqucs aux François, qui poffe- doient vne terre de leur jufte &c loyal coqueft^ fans leur faire tort, comme nous dirons à la fin ' Grdns tra^r^ f l°l*ide.En cette ile de faint Do» r miniqueily a des ferpens énormément grans.
JerP # Noz François cherchans par le b'ois certains fruits excellens appellés Ananas 9 tuerent vn de ces ferpens long de neuf grans piez, & gros comme la jambe.
L'arrivée en la Nouvelle - France fut le vingt-deuxieme Iuin à trente degrezde TE- vee en U quaceurj &; dix lieues au defïus duCapFrançois, Floride . ^rtrete Heues au dellùz de la riviere deMay, où noz François mouillèrent l'ancre en vnepeti- teriviere qu'ilz nommèrent la riviere des 2 lïuiere Dauphins,où ilz furent receuz fort courtoife- dcsDdu- ment & humainement des peuples du pais, & jfhins. deleurPwo«jîi(qui veut dire Roy ou Capi- taine) au grandregret defquels ilz tirèrent Arri- vers la riviere de May,à laquelle eftans arrivez, vét ait le Paraoujh appelle Satonnona avec deux Tiens
fils
BE IA NoWEIIE-FRANCÉ. ^y.f*
fils bcauXjgrans & puiflàns , & grand nombre . . ;
d’indiens vindrent au devant d’eux,ne fçaehâs rivière de quelle contenance tenir de force de joye qu’ils Mdy, ®* âvoient. Ilz leur montrèrent la borne qu’y a- toye des voit planté le Capitaine Ribaut deux ans aü- ^dutts ï paravant,laquelle par honneur ils avoient en- Kevtreci vlronnée de lauriers, & àü pjed y a voient mis des SM= force petits paniers de mil qu’ils appellent ta- *<%** a p4Çrf,Mp»/<r.Ilzlabaifercnt plülîeurs fois, & in- ta borne virèrent les François à en faire de même. E n-tnife f ar
quoy fe reconoit combien la Nature eft puif- ’es Fran- fanté d’avoir mis vne telle fympathie entre ces peuples-ci & les François , & vne totale anti- pathie entr’eux & les Hefpagnols.
le ne veux rri’arreter à toutes les particu- larités de ce qui s’eft paCTé cri ce voyage, crai- gnant d’ennuyer le leéteur en la trop grande curiofité , mais feulement aux chofes plus ge- nerales, & plus dignes d’eftre fceues.Noz Fran- çois donc defireùx de reednoitre le pars , aile- , ’
irent à-mont la riviere, en laquelle eftans entré bien avant Sc recreuz du chemin, ilz trouvè- rent quelques Indiens jlefquels rieftans aileu^ rés.ilz les appelèrent crians jtntifola Bonnafon t qui veut dire Frété, ami, comme là où nousa- vons demeuré Nigrnach , & en autres endroits Hirmo.k. cette parole ilz s’approchèrent, & re- eonoillànsnoz François que le premier èftoie fuiui de quatre qui tenoientlaqueùé de foil fforietir vetement de peau par derriere.ilz fe doutèrent d es Fto* que c’eftoitle ParxoufU,&c qrfilfalloit aller au- ridiens a deuant de lui. Ce Paraoujh fit vne longue ha- leur CX* tangue tendant à c* que les nôtres allallcnt en fitame.
66 Histoire
fa cabane,& en figne d’amitié bailla fa robbc£ ou manteau de chamois au conduéteur de là troupe Françoife die le fleur d’Ottigni* En paflant quelque marécage , les Indiens por toiét les nôtres fur leurs épaules* En fin arrivés \Aage ilz furent receus avec beaucoup d’amitié , 3c â'envno virent vn vieillard pere de cinq générations, trois cens de faage duquel s’eftans informé iis trouvèrent 4ns entre qu’il avoit environ trois cens ans. Au refte tout tes In - décharné, auquel ne paroifloient que les os:
Mens. mais fon fils ainé auoit mine de pouvoir vivre
Cedres, encore plus de trente ans. Pendant ces chofès Palmiers le Capitaine Laudonniere vifita quelque Lauriers , montagne où il trouva des Cedres , Palmiers* Vignes, 3c Lauiiers plus odorans que le baume ; Item Cr Efi des vignes en telle quantité quelles fuffiroient qu'mes, pour habiter le pais : 3c outre ce, grande quan propres a cité d’Efquine entortillée à l’entour des arbrif- U guéri- féaux : Item des prairies entrecoupées eniles fon de U & dettes du long de la riviere: chofe fort agréa- vérole. ble.Cela fait il le partit de là pour aller à la ri- vière de Seine, diftante de la riviere de May d’environ quatre lieues , puis à la riviere de Somme là où il mit pied à terre, 3c fut fort hu mainementreceudu Paraoujli^ homme haut* grave,& bien formé, comme aufli fa femme, 3c cinq filles qu'elle avoit d’vne treflagreable beauté. Cette femme lui fit prefent de cinc boulettes d 'argent 33 le ParaouJH lui bailla fon arc 3c fes fléchés, qui eft vn figne entr’-eux de confédération, 3c alliance perpétuelle . Il vou- lut voirrefFeétdenosarquebufcs: 3c comme
Seine .
Somme •
Prtfens .
jdê la N 0 Welle -Franc eI Litif* que Tes arcs &:fleches,il en devint tout penfif* mais ne voulut point faire femblant que cela Tetonnaft.
Apresavoir rodé la côte il fallut en finpen- fer defeloger.Cônfeil pri£ , on voyoit qu'au Cap de la Floride c’èft vn païY tout noyé 3 au Port Royal c'eft vn lieu fort agréable , mais non tant commode ni convenable qu'il leur cftoitde befoin , voulans planter vne colonie nôuvelle.Partant trouvèrent meilleur de s’ar- rêter en la riviere de May, où le pais eft abon- dant non feulement en mil (que nous appelles autrement bled Sarrasin , d'Inde, ou de Tur- quie * ou du Mahis) niais auffi en or & argent»
Aïnfi le vingt-neufiéme de îuin toürnâns la proue s’etfallcrent vers ladite iiyietë, dans la- quelle ilz choifirent vn lieu le phis agreabie qu’ilz peurent3oùilz rendirent grâces à Dieu* êc fe mirent à qui mieux mieux à travailler pour dreflervnFort,& des habitations necef- faires pour leurs logemens 3 aidez du ParaoujU de cette riviere3dit J’^m^/o^lequel employa fes gens à recouvrer des Palmites pour cou- Batimeï vrir les granges Sc logis.Chofe qui fut faite en du port diligence.Mais eft notable qu'en cette contrée des Fran - bn ne peut point bâtir à hauts étages, à caufe^w en la desvens impétueux aufqueis elle eft fujette. riviere dé le croy quelle participe aucunement de la vio- May, lencedu Bouragan , duquel nous parlerons en Pais ju- autre cndroit.La ForterefTe achevée , on lui jet aux donnale nom,L a Caroline 3 en l'honneur grande du Roy Charles,laquellenous avons icirepre- venu fenteepour le contentement des leâêuts.
E i]
6 8
Histoi rb
Vand le Capitaine Laudonnie- re partit de là riviere de May, pour tirer vers la riviere de Sei- ne,il voulut fçavoird où procc- doit vn lingot d'argent que le Paraoufiisatounona lui avoir dô- né:& lui fut dit que cela fe conquetoità force d'armes, quand les Fioridiens alloient à la guer- re contre vn certain Paraoujii , .notnttié T tmogo- na j qui demeuroit bien avant dans les terres. Partant la Caroline eftant achevée leCapitai- neLaudonniere ne voulut demeurer oifïffains fe reffbuvenant dudit Timogona il envoya fon Lieutenat à-mont la riviere de May auec deux j)ecoH. Indiens pour découvrir le pais 5 & fçavoir fa venedas demeure. Ayant cinglé environ vingt lieues, U nvie - les Indiens qui regardoient çà & là découvrir j[e rent trois JC lmadtes( ou bateaux légers) ôc auff
tôt s'avancèrent à criet T imogona , T iritogona, & ne parlèrent que de s'avancer pour les aller cô battre , jufques à fe vouloir jetter dans 1 cai pour cet effet, car le Capitaine Laudonnicrea* voit^ïonw à sarouriona de ruiner ce Timogoh fon ennemi. Le dellem des François n eftât d
Ai ay.
navigation dans U riviere de May : X^ecit des Capi- taines crParaouftis qui font dans les terres: J- mour de vengeance : Ceremonie e'trangedes I ndies pour réduire en mémoire la mort de leurs pères.
DE LA NoWEHE-FrANC E. €$ guerroyer ccs peaplcs,ains plutôt de lesrecon- cilier les vns avec les au très:! e Lieutenant du- dit Laudonnicrefdit le fleur d'Ottigni )afleura les Indiens qui eftoient dansléditcs4Ô»4d/Vj,& s'approchans il leur demanda s'ils avoient or* ouargent,à quoy ils refpondirent que non, mais que s'il vouloir envoyer quelquVn des liens avec eux ils le meneroicnt en lieu où ils en pourroient recouvrer. Ce qui fus fait. Et ce- pendant Ottigni s'en retourne. Quinze jours apres vn nommé le Capitaine Valleur accom- pagné dVn foldat fut depeché pour aller fça- voir des nouvelles de celui quelçs Indiens a- voient mené. A près auoir cinglé deux jours, il* apperccurent deux Indiens joignant le rivage, qui eftoient au guet pour furprédre quelqu* vn de leurs ennemis. Ces Indiens fc doutans de ce qui eftoit, dirent à noz François que leur com- pagnon n'eftoit point chcz-eux,ains en la mai- fon du Paraoufli Molorut , valïâl d'vn autre grand VaraoujU, nommé olata orne omna , où ilz leur donnèrent adietfe. Le Paraoufii Molona traitta noz François honnêtement à la mode, & dif- courutde Tes voifinsaliez&r amis , entre lef- quels il en nomma neuf, Cadeca, chdtli>Ecla - vetiyEvacappe,CaUnaj>> Onachayuara, Omittaqua, ^€çcjueYd,Moquopt , touslefquels & autres avec lui jufques au nombre de plus de quarante il afleura eftre vaffaux du tref-redouté Olata Oyae Out'ma. Cela fait,ilfe mit femblablement à difeourir des ennemis d ’onxe omna, aunom» bre dçfquels il mit comme le premier 1 eParaoU* fti'SqfMmiM Capitaine des confins de la rivière
E fij
Lïv.TJ
Dtfeours dy Pa- raoufti Molo- na*
7-0 Histoire
de May, lequel a fouz fon obeïflànce trente FdrdouJHs, dont il y enavoit dix qui tous étoiét Tes freres. Puis il en nomma trois autres non Uimt - moins puififans que Satouriona. Le premier P®- fkité cr tavott homme cruel en guerre, mais pitoyable gdlanti- enPexecution de fa Furie. Car il prenoit les pri- fs Xvn fonniers à merci, content de les marquer fur le -Çapirat - bras gauche d’vn figue grand comme celuy tiglndiëo d*vn cachet, lequel il imprime comme fi le fer chaud y av oit patte, puis les renvoy oit fans leur faire autre mal. Les deux autres eftoienc nom- més Onathedqud 8c Houfaqnd , abondans en ri- cheffeSj&principalement Onatheaqua habitât prés tes hautes rhontagnes fécondés enbeau- coup de Angularités. Qui plus c&Molonateci- - toit que fes alliés vafiaux du grand olata s ar- res de pla moientpeftomach,bras:)cuitîes,)ambes 3c frot pnes auec ]afges platines d’or 8c d’argent , 8c que 4 or par cç müyen les fléchés ne les pouvoiét endo- f&rget' mager. Lors le Capitaine Vafleur lui dit que quelque jour les François ir oient en ce pais, 8c fe joindroiétaveç fon feigneur olatd pour def- faire toutes ces gens là. Il fut fort rejouï de ce propos, & repôdit que le moindre des Pardon- ps qu’il avoir nommez baiileroit au chef de ce Tecours la hauteur de deux piez d’or 8c d’argent1 qu’ils avoitja conquis fur Onathdqnd 8c lion - (uqud.Yay mis ces difeours ici pour montrer que généralement tous ces peuples n’ont autre but>àutre péfee,autre fouci que la guerre, & ne leur fçauroit on faire plus grand plaifir que de leur p
JEç
remettre aünrâce contre leurs ennemis,
pour mieux entretenir le défit delà ven-
de la Nor vi lle-Franc 7 r Ltyï.
geanoe,ils ont des façons étrâges 8c dures pour en faire garder la mémoire à leurs cnfans,ain(ï que fe peut voir par ce qui s’enfuit. Au retour du Capitaine Valfeur , ne pouvant, iceluï con- trarié du flot, arriver au gite à la Caroline, ilfe retira chésvn ParaouJH qui demeuroit à trois lieues dcSatouriona^ppclléMolonacomc l’autre duquel nous avos parlé.CeMo/aw4 fut mervcil- leufement réjouï de la venue denoz François, euidant qu’ils eulîent leur barque pleine de tê- tes d’ennemis , & qu’ilz ne fulfent allés vers le pais d erimogona que pour le guerroyer. Ce quele Capitaine Valfeur entendait, il luifità croire que de veritéiln’y eftoitailéà autre in- tention,mais quefonentreprife ayant efté dé« couverte , Tmogona avoitgaigné les bois , &: neantmoins quelui&fescôpagnons enavoiét attrappé quelque nombre à la pourfuite qui n’en avoiét point porté les nouvelles chés eux*
L cParaouJH toutravidejoyepria le Valfeur de lui conter l’affaire tout au long.Et à l’inftant vn des compagnons dudit Vafleur tirât fon epée il lui montra par lignes ce qu’il ne pouvoit de paroles,c’eft qu’au tréchant d’icelle il en avoit fait pafler deux qui fuyoiét par les forets, &: que fes compagnons n’en avoiét pas fait moins de Leur côté. Que lî leur entreprife n’euft point efté découverte pat Timojrond ilz l’eulfét enlevé lui-méme &faccagé tout lé refte. A cefte rodo- môtadeleP araoufline fçavoit quelle côtcnâce tenir de joyc qu’il avoit. Et fur ce propos Vn quidâprintvne javeline qui eftoit fichee àla natte, èc corne furieux marchât à grâd pas il alla
E iiij
Coûta*
meerce*
remonte*
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Histoirb frapper vn Indien qui eftpit aflis en vn lien à
pauvre homme fe remuât aucunement pour
avoir ja frappé, s'écriant de tfSéme que devant Ilyou,&c peu de temps apres le pauvre homme fe laiCTa tomber à la ren verfe roidiffant les bras &jambes,comme s’il euft efté preft à rendre le dernierfoufpir.Etlorsles plus ieunes des en- fans du FaraoHp fe mit aux pieds du' renverié, pleurant amerement.Peu apres deux autres de fes freres firent de même. La mere vint enco- re avec grans cris & lamentations pleurer a- yec fes enfans. Et finalement arriua vne troup- pe de jeunes filles qui ne ceflerent de pleurer Vn lôg efpacedetéps enlamémccôpagnie.Et prindrét l'hôme renverfé &le porterét avec vn prjfte gefte en vn autre cabane, & pleurerent- |à deux heures: pendant quoy le Pdrdoujh & fe$ camarades ne taillèrent de boire de la câline, comme ils avoient commencé , mais en grand filence:Dequoy leValIeur étonné n’entendant rien à ces ceremonies , il demanda au Fdrdoufli. que vouloient lignifier ces chofes , lequel len- pcment lui ré po n dit, T htm sgond, T him ogona, fans autres propos lui tenir. Fâche d vneli maigre répçnfe il s’adrefle à vn autre qui lui dit de méme,lefuppliantdcne s’enquérir plus avant de ces chofes, & qu’il euft patience pour l’heu- re.A tant nozFrançoisfortirent pour aller voip
quele même la reprenant il en dechargearoi- dernent encore vn autre coup fur celui qu’il
DE tA H O V V £;ïi *■ E *F R A K C t. 73 LlV . I® rhomc qu on avoit tranfporté,lequel ilz trou- vèrent accompagné du train que nous avons ^ dit, & les jeunes filles chaufFans force moufle au lieu de linge dont elles lui frottoient le cote.
Sur cela le Paraoujh fut derechef interrogé cô- me deflus. Il fit réponfc que cela n’eftoit qu v- e ne ceremonie par laquelle ilz remettoient en mémoire la mort & perfecutiondeleursance- ere™°~ ftres P araoujUs faite parleur ennemi Thimogonai ntt_ ar Allegant au furplus que toutes &C quantes foïsr* tm que quelqu vn d’entre-eux retournoit de ce p^HrJea païs-là fans rapporter lesteftes de leurs cnnc^J^emr mis, ou fans amener quelque prifonnier,ilfai- * aîer foit en perpétuelle mémoire de fes predecef-r^*^ feurs3 toucher le mieux aimé de tous îes enfans este par les mefmes armes dont ils avoient efte re$* tués,afin que renou vellanc la pkye la mort d i- çeux fuft derechef pleurée.
Ç lierre entre les Indiens: Ceremonies avant que d’y al- ler : Humanité envers les femmes & petits enfans ;° Leurs triomphes : Landonniere demandant quelques prifonniers efi refufé: Etrange accident de tonnerre: Simplicité des Indiens .
C H A X.
P r e s ces chofes le Pardonfli satourto- . na envoya vers le Capitaine Laudon- V nierefçauoir s’il vouloit continuer en lapromefle quil lui auoit faite à fon arrivée, dJeftreamidcf€samisJ)& ennemi de fes enne-
Cm-
monte fies I n - Sens a- fiant qti aller a la gnerr**
74 Histoire
mis, & l’aider d’vnbon nombre d’arquebu- fiers à l'execution dVne entreprife qu’il faifoit contre Tmogona. A quoy ledit Laudonniere fit réponfe quil ne voulait pour fon amitié en- courirrinimitié del’autre : 8c que quand bien illcvoudroit,iln’avoitpour lors moyen de le faire , d’autant qu’il eftoit apres à fe munir de vivres & chofesneceflaires pour la conferva- lion de fon Fort: joint que fes barques n’étoiét pas prêtes , 8c que s’il vouloit attendre deux lunes, iiaviferoit de faire ce qu’il pourroit.Cet^ te réponfe ne lui fut gueres agréable , d’autant qu’il avoitja fes vivres appareillés, & dixP<^ raottflis qui l’eftoient venuz trouver, fi bien qu’il ne pouvoir diffcrer.Ainfiils’enalla.Mais avant que s’embarquer il commanda que promptement on lui apportait del’eau.Cefait, jettantla veue au ciel, il femit à difcouiir de plufieurs chofes en geftes , ne montrant rien en lui qtfvne ardante colere. Il jettoit fouvent fon regard au Soleil , lui requérant victoire de fes ennemisrpuis il verfa avec la main fur les tê- tes des Paraouflis partie del’eau qu’il tenoit en yn, vaiireau,5derefte comme par furie & dépit dans vn feu préparé là tout exprès , & lors il s’écria par trois fois , He Timoçona : voulant fi- gnificr par telles^cerenionies qu’il prioit le So- îcillui faire la grâce de répandre le fàng de fes ennemis, 8c aux ParaouJHs de retourner avec les têtes d iceux , qui cft le feul 8c fouverain triomphe de leurs victoires. Arrivé furies ter-- res ennemies, il ordonnaaveefon Confeilque cinq des P4ra<mjhj iraient par la riviere avec U
LA NoWELIE-FkANCE» 7/ LïV.Ï, moitié des trouppes, & fe rendroient au point du jour à la porte de Ton ennemi:quant à lui il s’achemincroitavec le refte parles bois & fo- rets le plus fecrettement qivilpourroit:& qu’c- ftans là arrivez au point du jour, ondonncroit dedans le village , & tueroit-on tout, excepté les femmes 3c les petits enfans. Ceschofesfu- ies jnl rent executees comme elles avoient efté arré- c- tees,& enlevèrent les têtes des morts. Quant pargnet aux prifonniersils en prindrent vingt-quatre, le fang lefquels ils emmenerét en leurs almadies , chan- desfem - tans desloüanges au Soleil , auquel ilz iappor- mes ^
t oient l'honneur de leur viétoire. Puis ilz mi-
petm
rent les peaux des têtes au bout des javelots, & enfans9 diftribuerentles prifonniers à chacun des Pa - raoujlis^n forte que Sauuriona en eut treze.
Devant qu arriuer il enuoya annoncer cette bonne nouvelle à ceux qui eftoient demeurés en la maifbnjefquels incontinent fe prindrent à pleurer,mais la nuit venue ilz fe mirent à dan- fer &: faire la fefte.Le lendemain Satouriona ar~ frlom2 rivant, fit planter devant fa porte toutes les té- p^e^es tes ( ccd la peau enlevée avec les cheveux ) de jnjjens fes ennemis, & les fit environner de branchages delauriers.Incontinent pleurs& gemiffemens, lefquels avenant la nuit,furent changés en dan- .
fe$# nierede -
Le Capitaine Laudonniere averti de ceci mandat pria le PardotifH satouriona,dc lui envoyer deux defes prifonniersîcequ'ilrefula.Occafion que quesprt- Laudonniere s5y en alla avec vingt foldats, & fînniers eftant entré tint vne mine refrongnée fans par- refn~. krài’^m^.Enfin au bout de demie heure/?-
!S; M yg Histoire #
il demanda ou eftoient les prifonnicrsquelon avoic pris à Thimogona,ôcc ommanda quilz fuC* fentamenés.LeP^rdaa/h'depité & étonné tout crnfemble fut long temps fans repondre. En fin il dit qu’eftans épouvante^ delà venue des François ils avoient pris la fuite par les bois. Le Capitaine Laudonniere faifant femblant de ne le point entendre, demanda derechef les pii^ fonniers. Lors satouriona commanda à fon fils deles chercher. Ce qu’il fit & les amena vnc heure apres. Ces pauvres gensvoulans fepro- iterner devant Laudonniere,il ne le fouffrit, & les emmena au Fort. L cParaouJH ne fut guercs cotent de ççttc bravade, & fongeoit les moy es d e P en venger,mais diffimulant fon mal-talent ne laifloit point d’envoyer des me(Iages& pre- fens au Capitaine des François , lequel apres Lavoir remercié lui fit fçau oir qu’il deiîroit l’ap- p o inter avec Timogmd^moy ennant quoy il au- roitpaffage ouvert pour aller contre 0nath4- $U4 fon ancien ennemi: & quefes forces join-* tes avec celles d'olat 4 Ouae ouiint haut & puif- fantP4raonfîi,i\z pourroient ruiner tous leurs ennemis , ôc palTer les confins des plus loin- taines rivières méridionales. Ce que satonriond \ fit femblant de trouver bon,fuppliant le Capi- taine Laudonniere y tenir la main, &: que de fa part il garderoittoutee qu’en fon nomilpaf- fer oit auec T tmogona.
Apres ccs chofes il tomba à demie lieue du ge «m- £orc pranç0js foudre du Ciel tel qu’il i-.mt *e n>cn a jamais efté veu de pareil , ôc partant fera ycudre. bo d’éfaireici le çecit ppuçclprte ce chapitre
Btran -
luitemoi- nœni à voit ec lui , 'ôc
i il en avoir r faite
jfe E LA NoWEUE-ÏRAKCE, f f LlV.h
Ct fut à la fin du mois d’ Aouft , auquel temps jâçoitqueies prairies fu lient toutes vertes ôc ârroulèes d’eaux /fi eft- ce qu’eu v/i inftant FoUjr£ ce foudre en confômma plus de cinq cens Àa ^YAié arpens , ôc b ru fia touslesoyfeaux des prairies trois îours en feu ôc éclair continuel. Ce qui donnoit bien à penfer à noz François , non moins qu'aux Indiens,lefqufcls penfans que ces tonnerres falleut coups de canons tirez fur eux par les nôtres , envoyèrent au Capitaine Laudonniere des harangueurs poi gner ledefirqne le ParMufll ^entretenir i’àlliance qu’il avoit avec d’etre employé à. fon fervice : ôc pour trouvoit fort étrange la canonade qu il avoir fait tirer vers fa demeure , laquelle avoit fait brûler vne infinité de ver des prairies * ôc fommé jufques dedans l’eau , approché mé fi près de fa maifon quilpenfoit quelle deulfc brnler:pour ce,le fupplioit de cèlTfcr, autremet quil feroit contraint d’abandonner fa terre. L Capitaine Laudonniere ayant entendu la foll opinion de cet homme diffimuia ce qu’il penfoit,& répondit joyeufement qu’il fait tirer ces canonades pour la rébellion par yillic4mani , quand il l'envoya fommer de lui envoyer les prifônniers qui! deteno grand oUta Onde Qutind> non qu’il eut lui mai faire,mais s’eftoit contenté de tirer quesà mi-chemin , pour lut faire paroitt puiilance;l’a(léurant au refte que tant qu’il uu- meureroit en cette volonté de lui rendre o«
Vingt-cin Les tro lardeurs3
^8 Histoiré
beïfTance^il lui feroit loyal defenfeur contre tousfcsennemis.LesIndiens contétez de cet» teréponfe retournèrent vers leur ParaouJH y le- quel nonobftant Tafleurance s’abferita de fa demeure Tefpace de deux mois , & s’en alla à cinq lieues delà.
trois jours expirés le tonnerre ceffa & teignit du tout. Maisés deux jours fuivans il ftiruintenTair vne chaleur fi exceffi- ve,quela rivière préque en bouïlloit,& mou- rut vne fi grande quantité de poiffons Ôc de tant d’efpeees5qu enfembouchure de la riviè- re il s’en trouua de morts pour charger plus de cinquante chario ts;dont s’enfuivit vne fi gran- de putréfaction en l’air quelle caufa force ma- ladies contagieufes 5 & extremes maladies aux François jdefquels toutefois par la grâce de Dieu^aucun ne mourut.
Hjnvoy des prijonniers Indiens a leur Capitaine Guerre entre deux Capitaines Indiens : ViBoire a l'aide des François : Conlfiration contre le Capi- taine Laudonniere : Fjtour du Capitaine Bourdet en France.
Chap. xi.
J A fin pour laquelle le Capitaine |i Laudonniereavoit demandé les j prifonniers à satouriona eftoit pour les renvoyer à Ouae ouùnay r fl & par ce moyen pouvoir par font imitié,plus facilement penetrer dans ks terres/
t>t IA No V VEILI-Fr ANC E. tlV, f.
Âinfi le dixiéme Septembre s’eftans embar- pfeenvey quéiefieiir d’Arlac, le Capitaine Valleur , le des pn- Sergent*&dixfoldacs, ilz navigerent jufques fermiers* à quatre-vingts lieuës>bien receuz par tout, 8c en fin rendirent les prifonniers à Outina > lequel apres bonne cherc pria le Seigneur d’Ârlacdè l’affifterà faire la guerre à vnde Tes ennemis, nommé Potavou. Ce qu'il lui accorda, & ren- voya le Valleur avec cinq foldats. Or pour- Guerre ce que c’eft la coutume des Indiens de guer- entre royer par furprife , Outina délibéra de pren- deuxan- dre Ton ennemi à la Diane , 8c fit marcher ks très Ca-° gens toutela nuit en nombre de deux cen s,pitaines lefquels ne furent point fi mal avifez qu’ils ne Indiens* priatfent les arquebufiers François de fe met- tre en tétc, afin (difoient-ilz)que le bruit de leurs arquebufes étonnaft leurs ennemis* Toutefois ils ne fçeurent aller fi fubtilement que Potavou n'en fuft averti, encores qu’il fuft diftant de, vingt-cinq lieues de la demeure & Outina. Ilzfe mirent donc en bon devoir 8c fortirent en grande compagnie; mais fe voyâs chargez darquebufiides(qui leur eftoit chofe nouvelle) 8c leur Capitaine du premier coup £jjef“es par terre d’vu coup d’arquebufe qifil eut au front tiré parle fieurd’Arlac, ilz quittèrent la Jadcs „ place:& les Indiens à3 Outina prindrent hom- mes , femmes, & enfans prifonniers par \cJes* moy en de noz François , ayans toutefois per— du vn homme. Celafaitje fieur d’Arlac s’en retourna , ayant receu d’ Outina quelque ar- gent 8c or, des peaux peintes, & autres har- des , avec mille remercimens: 8c promit da*
ration
contre
Zandon-
niere.
80 H I S T O I R Ê
vantagc fournir aux François trois cens hom- tn es quand ils auroieht affaire d elui.
Pendant que Laudonniete travaillait ainfi à acquérir des amis,voici desconfpïratibns con- trelui* Vn Perigourdin nommé la Roquette débaucha quelques foldats , difantque par fi magie il avoit découvert vne mine d’or ou d’argent à mont lariviere, de laquelle ilz dé- voient tous s’enrichir. Atiec la Rochettey en avoit encore vn autre nommé le Genre,lequel pour mieux former la rébellion difoit que leur Capitaine les entretenoit au travail pour les fruftrer de ce gain,& partant falloir élire vn au- tre Capitaine, &fedepecher de cetui-ci. Le Genre lui-méme porta la parole à Laudonnie* re du fujet dcleur plainte. Laudonniere fit ré- ponfequ’ilzne pouv oient tous aller aux terres delà mine,<$c qü’avant partir il falloir rendre la Fortereffe en defenfe contre les Indiens. Au refte qu’il trouvoit fort étrange leur façon de procéder, & que s’il leur fembloit que le Roy n’eut faic la depenfe du voyage à autre fin , que . pour les enrichir de pleine arrivée, ilz fe rrom- poient. Sur cette réponfe ilz fe mirent à tvz* vaillcrpottans leurs armes quant 8c eux à l’in- tention de tuer leur Capitaine s’il leur euft te- nu quelques proposfacheux, memes auflifon Entre- ]jeqtenan£:#
fnjepom LeGenre(que Laudonniere tenoit pour fon empoi - pjus fîdele voyant que par voye de fait il ne pouvoit venir à bout de fon méchant delfein, vouluttenter vneautre voye , ôepria l’Apo- thicaire de mettre quelque poifon dans ccrtai*
ne
fariner
Zaudon-
de IA Nov veiie-Fr an ce. 8t Liv-i De médecine qüc Laudonniere dévoie pren- dre,ou lui bailler de l’arfenic ou du fubliméi& qüe lui-même le mettroic dans fon breuvage.
Mais l'Apothicaire le renvoya éconduit delà demande,commeauffifitIe Maitre des artîfi- ces.Se voyant fruftré de fes rilauvais ddleins, ilrefolut avec d’autres de cacher fouz le liét ^Cutré dudit Laudonniere vn barrillet de poudre à entrifri- canon.&par vne trainee,d’y raettrelefeu.Sur fe% ces entteprifes vn Gentil-homme qu’icelui Laudonniere avoit ja depeché pour retourner en France, voulant prendre congé de lui.l’a- Vertit queleGenre l’avoit chargé d’vnlibelle farci de toutes fortes dnnjures contre lui , fon Lieutenant, & tous les principaux de la corn’ pagnie. Au moyen dequoy i} fit alfembler tous fesloldats , &le Gentil-homme nommé lé Capitaine B ourd et avec tousles fiènsfiefquels dés le quatrième de Septembre eftoient arri- vés en la rade de la rivière ) & fit lire en leur prelence à haute voix le contenu au libelle dif- famatoire,afin de faire conoitre à tous la mé- chanceté dü Genre , lequel s’eftant évadé dans les bois demanda pardon au fietir Laudonnie- } \ctotir rc,confeiïàntparfes lettres qu’il avoit mérité Capi- lamort , fe foutüettant à fàmifericorde. Ce- t(tine
{tendant le Capitaine Bourdet le mef à lavoi- ^ourdet e le deuxième Novembre pourretoürneren tn Frati- Francejs'éftant chargé de remenerféptouhuit celeio. de cesfeditieux, noncomprisle Genre,lequel Fiovcm- il ne voulut* quoy qu’il lui offrit grande fom- ire. me d’argentpour ce faire.
8i
Histoire
Seconde
conjura-
tion.
Trofâ- me con Ipiralio.
Autres diverfes confttrations contre le Cdptmne ldudonmere:0 ' ce qui en avint.
Ch AP. XII.
Rois jours apresle départ du Capitaine Bourdet,le Capitai- ne Laudonnierc , apres avoir évadé vne confpiration re- tombe en vne antre, voire en deux 8c en trois : la première pratiquée par quelques matelots que ce Ca- pitaine Bourdet lui avoit laide , lefqucls dé- bauchèrent ceux dudit Laudonnicre fur ce qui leur propoferent d aller aux Entilles buti- ner quelque chofe fur les Hefpagnols , & que là il y avoit moyen de fe faire riches. Ainfr le Capitaine les ayans envoyé quérir de la pierre, &c de la terre jfour faire briques à vne lieue & demie de Charle-fort, félon qu’ils avoientac- coutumé,ilzs’en allèrent tout à fait , 8c prin- drent vne barque padagere d’Hefpagnols près Vile de Cuba, en laquelle ilztrouv erentquel- que nombre d’or 8c d’argent qu’ilz failîrent. & avec ce butin tindrent quelque temps la mer jufquesà ce que les vivres leur vindrentà faillir ; qui fut caufe que vaincuz de famine ilz rendirent à la Havane, ville principale de fi- le de Cuba , dont avint l’inconvenient qu<
nous dirons ci-apres.
Qui piseft deux Charpentiers Flamans que le même Bcurdct avoit laidé , emmencren vne autre barque qui reftoit,de forte que Lau
DE LA Nov VELLÉ*Fr A C E. 8} LlV* té donniere demeura fans barque ni bateau. le laiffe à p enfer s'ileftoità fonaife. Làdelïus il fait chercher fes larronsul n’en a point de non- veiles.il fît donc bâtir deux grandes barques,
& vn petit bateau en tou te diligence, 8c eftoit la befongné ja fort avancée,quai}d l’avarice & lambitionitnercs de tous maux^'enracinerent aux coeurs de quatre ou cinq foldats aufqudz cet œuure 8c travail ne plàifoit point.
Ces maraux commencèrent à pratiquer les Qfattnc- meilleurs de là troupe, leurs donqansà enten- we con~ dre que c'eftoit chofe vile 8c deshonefle à ho- [ tywtiôs me de tnaifon comme ils eftoient de s’occu- perainfi àvn travail abjed 8c mechanique, at- tendu qullz pouvoient fe rendre galans-hom» mes & riches s’ilz vouloient bulqiier fortune au Pérou 8c aux terres Entillcs , avec les deux barques qui fe batifloient. Que fi le fait eftoit trouvé mauvais en France ils auroient moyen de fe retirer en Italie ou ailleurs , attendant que la colere fe pafteroit : puis il furviendroit quelque guerre qui feroit tout oublicr.Ce mot de richeile fonna fi bien aux oreilles de ces foldats , qu'en fin apres avoir bien confulté l’affaire ilz fe trouvèrent jufques au nombre de foixante-fix , lefquels prindrent pretexte de s remontrer à leur Capitaine le peu de vivres co* qui leur reftoit pour fe maintenir jufques à ce que les navires viilffent de France. Pour teufs. à quoy remédier leur fcmbloit ncccflaire d'envoyer à la Nouvelle-Hefpagne , au Pé- rou^ à toutes les îles circonvoifines , ce qu ilz le fuplioicnt leur vouloir permettre. Le. **
F ij
LaRjyn e de Fran- ce de/end a Lau- donniere de faire tort aux
Hefya-
gntls.
Audace
de fol- data.
84 Histoire
Capitaine qui fc doutoit de ce qui eftoit,’& quifçavoitle commandement que la Royne lui avoitfaitdenefairetortauxfujets duRoy d’Hefpagne.ne chofedont il peut concevoir jaloufie,leur fittéponfe qneles barques achc- vécsil donneroitlibon ordreà toutqu’ilznd manqueroiént point de vivres, joint qu’ils en avoient encore pour quatre mois.De cette ré- ponfeilz firent femblant d’eftre contens.Mais huit jours apres voyant leur Capitaine mala- de , oubliant tout honneur & devoir, ilz com- mencent de nouveau à rebattre le fer , & proteftent de fe faifir du corpsdc garde & du Fort, voire de violenter leur Capitaine s’il ne vouloit condefcendre à leur méchant defir.
Ainfi les cinq principaux autheurs de la fe- dition armez de corps de cuiraffe,la piftoleau poing , & le chien abbattu entrèrent en fa chambre , difans qu’ilz vouloient aller en la nouvelle Hefpagne chercher leur aventure. Le Capitaine leur remontra qu’ilz regardaf- fent bien à ce qu’ils vouloient faire. A quoy ilz répondirent que tout y eftoit regardé , & qu’il falloit leur accorder ce point , & ne re- ftoit plus finon de leur bailler les armes qu’il avoit en fon pouvoir, de peur que( fi vilaine- ment outragé par eux) il ne s’en aidât à leur defàvantage. Ce que nelcur ayant voulu ac- corder,ilz prindrent tout de force , & l'em- portèrent hors de la mailon : même apres avoir ofïenfé vn Gentil-homme qui s’en for- malifoit. Puis fclàihrent de la perionedeleur Capitaine , & l’envoyerent prifonnier en vn
DE IA Novvmi-F KANCîi 8/ Liv.r. navire qui eftok à l’ancre au milieu de la ri- LeCapi- viere , où il